mardi 12 juillet 2016

Le cri fait fort

Revue du crieur N° 4, 160 pages, 15 €
Sous le titre " Les secrets inavoués du journalisme culturel " ceci dans la dernière livraison de la revue du Crieur :
" Tout bon journaliste est censé maintenir avec le domaine qu'il couvre une distance critique suffisante, ni trop près ni trop loin. Mais cette règle est souvent bafouée (...) Pour remplir les pages Culture, on hésite de moins en moins à accepter les largesses des institutions culturelles : voyages de presse, "partenariats", discrets et publi-information camouflée sont présentées aujourd'hui comme les conditions nécessaires à l'existence même de ces pages... dont l'intérêt décroît en proportion. "
La revue Le Matricule des Anges des mois de juillet-août 2016, présente un dossier consacré à Jack London.
On peut s'y fier.


Le Matricule des anges N°175,
juillet-août 2016, 52 pages, 6 €

lundi 11 juillet 2016

Nestor Burma sur la feuille de match

Nestor Burma contre C.Q.F.D., N° 1, 28 pages illustrées,
Casterman, 2,80 €
Le 12 octobre prochain, soyons précis, paraîtra chez Casterman l'album Nestor Burma contre CQFD, d'après le roman de Léo Malet (1909-1996) initialement paru en 1945.
En avant-première, le même éditeur en propose une prépublication livrable en trois fois, accompagnée d'informations sur l'époque à laquelle se déroule le roman, l'actualité cinématographique et diverses reproductions d'annonces et de "réclames "de ce temps.
Le graphisme bicolore (jaune et noir pour rappeler les classiques du genre policier) signé Moynot-Tardi est réussi. Le dessin  des scènes et des objets parisiens, comme les quais du métro, les immeubles d'angle ou les machines à écrire, est finement étudié et rendu.
Le personnage de Burma, lui, est mythique. Un Marlowe ou un Sam Spade français, comparaison qui irritait Léo Malet, qui assurait avoir eu sur eux la primeur littéraire.
Pour revenir à 2016, on notera que le dernier roman de Philip Kerr, Le Mercato d'hiver, se déroule dans le milieu du football, qu'affectionne l'auteur. Son héros, Scott Manson, est l'entraîneur d'un club londonien dans les tribunes duquel un meurtre vient de se produire.
Le libraire botte en touche.

Philip Kerr, Le Mercato d'hiver,
traduit de l'anglais par Katalin Balogh
et Philippe Bonnet, Le Masque,
447 pages, 20 €

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dimanche 10 juillet 2016

Jardinier extraordinaire

Les Paradis naturels. Jardins chinois en prose,
traduits et présentés par Martine Valette-Hemery,
Picquier poche, 206 pages, 7 €
Liu Shilong, tel est le nom de l'un des jardiniers préférés du libraire. Un jardinier dont on ne risque pas d'entendre la voix sur les ondes dominicales :
il vécut dans la Chine traditionnelle et ses dates de naissance et de mort sont inconnues.
La particularité du jardin de Liu Shilong est qu'il
n'a pas d'existence physique. C'est un jardin qui n'existe que dans la tête de ce fin lettré adepte de la construction imaginaire, des paysages nés de la vision intérieure.
Un aussi formidable jardinier peut ainsi tous les jours faire le tour du propriétaire ; admirer ses allées plantées de bambous ; ses bassins où croassent les grouilles ; son exubérance de formes ; ses espaliers de fleurs grimpantes ; ses rochers qui imitent en miniature les sommets.
Pas de danger qu'il s'y casse les reins à bêcher
ni n'attrape des ampoules aux doigts ! " Puisqu'il n'existe que dans mon esprit, les tempêtes et les orages ne peuvent pas plus lui nuire que les inondations et les incendies ", précise le jardinier un brin cossard. Avant d'ajouter malicieusement :
" Des fils et petits fils sans scrupules ne peuvent en vendre le moindre brin d'herbe. "
La jardin de Liu Shilong occupe quelques pages dans Les Paradis naturels parmi d'autres Jardins chinois en prose qui viennent de paraître en poche. Le libraire conseille la visite imminente du Kiosque des Vagues Bleues ; du Jardin du Ruisseau de Rêve ; du Jardin du Hasard, de la Tour de tous les Possibles...

samedi 9 juillet 2016

Le meilleur ami de Montaigne et de l'homme

La Boétie, Discours de la servitude
volontaire, GF, 238 pages, 5,90 €
Les élèves fondus de maths, de physique et de chimie qui préparent leur entrée aux grandes écoles scientifiques cette année n'ont pas toutes les malchances.
Le programme de français-philosophie, qui porte sur
le thème " Servitude et soumission ", implique l'étude
du Discours de la servitude volontaire, d'Etienne de La Boétie, l'ami sarladais de Montaigne ( " Parce que c'était lui, parce que c'était moi "). On a vu pire.
Lorsqu'il rédige ce brûlot de quelques dizaines de pages, La Boétie a quasiment le même âge (dix huit ans) que les élèves qui doivent aujourd'hui plancher sur son texte. Nous sommes en 1549. Depuis, bien qu'il soit moins épais que les Evangiles,  Le Prince de Machiavel ou Le Traité de désobéissance civile de Henry David Thoreau, il a fait comme eux le tour du monde. La question qu'il pose est de savoir comment un seul homme peut imposer son pouvoir à tous les autres et le maintenir.
Il n'échappe évidemment pas à La Boétie qu'un phénomène aussi extraordinaire que la tyrannie ne serait pas possible si le tyran n'usait de stratagèmes éprouvés (du pain et des jeux) pour le maintenir dans la soumission. Mais toute l'originalité de sa thèse consiste à dire que le peuple, de son côté, participe à sa propre oppression et apporte son soutien actif à la tyrannie. 
La devise de La Boétie que devront méditer les heureux étudiants est la suivante : " Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander, puisqu'en cessant de servir ils en seraient quittes. "
Le libraire vous souhaite un bon samedi.

vendredi 8 juillet 2016

Deux récits intimistes

Pierre Bergounioux, Cousus ensemble,
Galilée, 66 pages, 14 €
... mais pas nombrilistes. Dans Cousus ensemble, Pierre Bergounioux s'interroge sur les moments de grâce parfaite qu'il a pu connaître dans son existence. Et très vite pose le diagnostic qu'ils furent, si on pouvait les coudre ensemble, d'une étoffe  très éphémère et très inexplicable.
Sur le ton de la confidence, qui n'exclut pas la gravité ni ne gomme l'existence du monde extérieur, Bergounioux reprend et reprend de nouveau sa phrase longue et riche pour recouvrer par l'esprit ses moments de bonheur dans la petite enfance et plus tard et s'apercevoir que, mis bout à bout dans la totalité de sa vie, ils n'ont guère occupé davantage que " l'espace d'une matinée ".
Ecrit dans un jardin, ce sont quelques pages rééditées
de Marguerite Yourcenar. Quelques pages consacrées
à l'air et au feu, à la terre et à l'eau, comme dans le signe alchimique. Quelques pages prélevées au grimoire de la nature pour dire, là aussi, quelques instants privilégiés,
des " instantanés ", pressés de passer comme la flèche ou la flamme de quelques oiseaux. " L'espace d'un déclic ". 


Marguerite Yourcenar;
Ecrit dans un jardin,
Fata Morgana, 10 €



jeudi 7 juillet 2016

Quels choux ces monstres !

Alors qu'ils n'ont pas encore rencontré Quasimodo, les Cyclopes, Dracula ou Mr Hyde,
les enfants donnent à leurs peurs sans nom différentes formes d'entités monstrueuses.
Celles-ci habitent la Forêt-monstre, la ville-monstre, la nuit-monstre, la chambre-monstre ou le tout ensemble.

Enrique Quevedo, A la nuit tombée,
Seuil Jeunesse, 13,50 €


Valentin Mathé, Eva Bourdier,
Des monstres dans la ville, La poule qui pond, 13,50 €
 


Magdalena, Christine Davenier,
Les Monstres de la nuit, Père Castor, 13,50 €

Ces peurs, on sait bien qu'elles sont ambigües, signes de l'angoisse qui assiège le petit d'homme, mais aussi preuves de son désir d'ouverture et d'aventure.
Du coup, les monstres sont partout. Chez Homère et chez Hugo ; dans les romans gothiques et dans les tableaux de Bosch ; dans le monde du dehors comme dans le monde du dedans. Et dans de nombreux albums pour les enfants. (Le libraire ne compte pas dans son inventaire les créatures qui hantent le dessin animé ou les jeux électroniques.)
L'un des plus connus, et qui engendra une abondante postérité monstrueuse, est l'inoxydable Max et les Maximonstres de Maurice Sendak, au dessin très sûr, et où l'on voit Max devenir le roi des Maximonstres, ou se prendre pour tel, avec pour unique devise : même pas peur !

Maurice Sendak, Max et les Maximonstres, Ecole des loisirs, 12,70 €


mercredi 6 juillet 2016

On y danse, on y danse !

Emmanuelle Loyer, Antoine Baecque,
Histoire du festival d'Avignon, Gallimard, 648 pages, 42 €
C'est aujourd'hui que s'ouvre le festival d'Avignon, soixante-dixième du nom. " In " officiel et
" off  " indépendant réunis, tous les styles de spectacle y seront représentés jusqu'au 24 juillet : théâtre, musique, danse, mais aussi marionnettes, cirque, poésie, clowns.
Depuis sa création où, sous l'impulsion de Jean Vilar,
il durait une semaine et présentait quelques pièces, le festival est passé par de nombreuses mutations, quelques orages, plusieurs réformes et maintes mises en scène scintillantes.
C'est ce passé que relate en détail, jusqu'aux dix dernières années,
la nouvelle édition, revue et augmentée de L'Histoire du Festival d'Avignon. Compagnies, acteurs, metteurs en scènes qui ont défilé à Avignon s'y trouvent restitués, de même que sont retracés les enjeux politiques et culturels d'une manifestation publique aux dimensions internationales.