mercredi 20 juin 2018

Dernières nouvelles du franglais

Michel Serres er Michel Polacco, Défense et
illustration de la langue française aujourd'hui,
Le Pommier/ France Info, 128 pages, 9 €
"  Voici une règle simple : dès lors que nous importons un objet nouveau  ou une conduite nouvelle, c'est positivement enrichir la langue qu'adopter le mot qu'on importe à ce moment-là. Le français s'est enrichi de mots arabes : " algèbre" , "algorithme", " tarif" ; de mots italiens, à la Renaissance : "fourchette", "sonate" ; même de mots aztèques : " haricot". Alors la langue s'enrichit. Mais c'est l'appauvrir que de substituer à un mot français déjà existant un mot anglais. Par exemple City Radio me scandalise : Radio Cité eut bien fait l'affaire. Pourquoi les sportifs disent-ils "Top 16", et non pas "première division" ? Pourquoi veulent-ils avoir des coaches plutôt que des entraîneurs ? (...° Pour mieux l'asservir, un occupant éradique toujours la langue du vaincu. Ainsi firent les Romains en Gaule, ainsi firent les Russes en Pologne... Il y a aujourd'hui, sur les murs de Paris, plus de mots anglais qu'il n'y avait de mots allemands pendant l'Occupation. Où sont donc les troupes d'occupation  ? Qui sont donc les collabos ?  "

Michel Serres et Michel Polacco
 
 
Le chef-d'œuvre indépassé de George Orwell, 1984, vient de reparaître dans une nouvelle traduction. Orwell en connaissait un rayon en matière d'appauvrissement des langues (puisqu'aussi bien le français n'est pas la seule langue concernée). On méditera l'appendice du roman, où Orwell expose les bases de la novlangue (devenue néoparler dans la nouvelle version).
George Orwell, 1984, traduit de l'anglais par
Josée Kamoun, 371 pages, 21 €
 

 

samedi 16 juin 2018

Loup y es-tu ? (suite)

Elli H. Radinger, La Sagesse des loups,
traduit de l'allemand par Dider Debord,
Guy Trédaniel, 277 pages, 18 €
Il s'était taillé une très, très mauvaise réputation en croquant chaperons rouges,  quelques mères grands et de nombreuses brebis. Ce qui, à vrai dire, lui colle encore aux baskets.
Mais voici que le loup, depuis quelque temps, de même que l'ours, occupe l'imagination naturelle des civilisés de façon plus positive. Le libraire a déjà signalé cette évolution ici : http://alapagevichy.blogspot.com/2017/09/du-rififi-chez-les-loups.html
Mais les choses n'en restent pas là. Témoins deux livres consacrés à cette belle bête. Elli H. Radinger, avec La Sagesse des loups (après celle des arbres, des marcassins et des champignons…) n'y va pas de main morte. " Les loups m'accordent le privilège de partager leur vie ", dit-elle. Et ce n'est pas nécessairement ce genre de proclamation légèrement commerciale et sentimentalement anthropocentrique dont le public en quête de connaissances a besoin.
Jean Marc Landry publie, pour sa part, un ouvrage de nature encyclopédique, plus conforme à cette attente. On y trouve de l'information sur les origines de l'espèce, son adaptation au milieu, sa répartition dans le monde, son mode de vie en groupe, ses pratiques de chasse. Et sur ses rapports, disons : malaisés avec le genre humain. Les illustrations abondantes complètent agréablement un portrait qui se veut équilibré en "ni ange ni démon".
Jean-Marc-Landry, Le Loup, Delachaux Niestlé,
368 pages, 29 €

jeudi 14 juin 2018

La liseuse aux oubliettes

On pouvait lire dans Livres Hebdo, du 31 mai dernier la fracassante déclaration suivante :
Considérant que " le livre est de retour après le choc que lui a fait subir le livre numérique", " il n’y aura jamais trop de librairies aux États-Unis ", a proclamé, mercredi 30 mai à New York devant quelque 200 libraires réunis pour l’inauguration de la foire professionnelle BookExpo, le fondateur de Barnes & Noble, Len Riggio, 77 ans. "
Information confirmée le lendemain en ces termes :

" Les patrons des trois principaux groupes d’édition américains (…) ont saisi l’occasion pour clairement tourner la page du livre numérique (e-book), dont ils croyaient dix ans plus tôt qu’il allait bouleverser tous les équilibres de l’industrie du livre. "

Le libraire est ravi d'apprendre qu'on compte maintenant sur lui pour rattraper l'une des plus monumentales et plus coûteuses erreurs (pour rester poli) de l'histoire culturelle récente.
N'ayant jamais perdu le sens de l'humour, sinon, il aurait changé de métier, il kiffe la situation.




 

mercredi 13 juin 2018

Vichy en caricatures

Cures d'eaux et réjouissances publiques. Caricatures et
dessins humoristiques à Vichy et ses environs, 1850-
2000, S.H.AV.E., 15 €
Fabienne Gelin et Michel Promerat seront présents à la librairie Samedi 23 juin prochain, à 15h30, pour présenter et dédicacer Cures d'eaux et réjouissances publiques, un album édité par la Société d'Histoire et d'Archéologie de Vichy et des environs.

Abondamment illustré, comme on s'en doute pour pareil sujet, cet ouvrage roboratif est consacré à une vision satyrique de la ville thermale, de ses curistes, de ses hommes politiques entre 1850 et l'année 2000.
Affiches, cartes postales et autres documents reproduits proviennent des fonds patrimoniaux de  la Ville de Vichy.
Un livre, propre, en somme, à figurer dans toutes les bibliothèques vichyssoises, et au-delà, qui se respectent.
 

samedi 26 mai 2018

Petite pause dans la Grande bleue

Le librairie n'alimentera pas le blog avant le 13 juin prochain,
le temps de recharger ses batteries
quelque part en Méditerranée.
 

A la Page, elle, reste ouverte et disponible aux appels et aux visites
aux heures habituelles.

vendredi 25 mai 2018

Premier tour de vote pour le prix des Lecteurs A la Page 2018

A l'issue de son premier tour de vote,
et des arguments échangés avec passion,
le jury du prix des Lecteurs A la Page
a maintenu dans la course au prix 2018 les quatre romans suivants,
 présentés par ordre alphabétique d'auteur :




 
 Il faudra patienter jusqu'au 22 juin prochain
pour connaître le lauréat qui succédera à Bérengère Cournut
et à Née contente à Oraibi.

jeudi 24 mai 2018

L'herbier de Jean-Jacques Rousseau

Jean-Jacques Rousseau,
Lettres sur la botanique, Folio, 97 pages, 2 €
" Prenez une de ces petites fleurs qui dans cette saison tapissent les pâturages et qu'on appelle ici Pâquerettes, petites Marguerites, ou Marguerites tout court. Regardez la bien ; car à son aspect, je suis sûr de vous surprendre en vous disant que cette fleur si petite et si mignonne est réellement composée de deux ou trois cents autres fleurs toutes parfaites, c'est-à-dire ayant chacune sa corolle, son germe, son pistil, ses étamines sa graine, en un mot aussi parfaite en son espèce qu'une fleur de Jacinthe ou de Lys. Chacune de ces folioles blanches en dessus, roses en dessous qui forment comme une couronne autour de la marguerite, et qui ne vous paraissent tout au plus qu'autant de petits pétales sont réellement autant de véritables fleurs…"
C'est à Madame Delessert que s'adresse, dans ces termes charmants, Jean-Jacques Rousseau pour l'inciter à ouvrir les yeux sur ce qui mérite vie au monde, comme lui-même tente de le faire.
Connues sous le titre de Lettres élémentaires sur la botanique, Folio reprend cet ensemble de lettres du temps où l'auteur des Confessions et des Rêveries fut pris d'un " engouement d'enfant ", selon l'expression de Bernard Gagnebin, pour les fleurs, leur observation et leur conservation dans un herbier.
L'occasion de se divertir intelligemment est immanquable.

Rousseau herborisant