vendredi 16 novembre 2018

Georges-Emmanuel Clancier inédit



Georges-Emmanuel Clancier s'est éteint le 4 juillet dernier, âgé de cent-quatre ans. Les éditions Gallimard publient un ensemble de poèmes retrouvés, datant, pour l'essentiel,  des années 1960-1970.
Retenons celui-ci, qui ouvre le recueil et intitulé ' Le temps des possibles ", pour sa souple expressivité :

C'était le temps des possibles sur toutes les crêtes des mers
Et la mort, danseuse des carrefours,
Mes yeux dans ses yeux
Comme azur dans le lac
Balançait les espaces
Par-dessus les rivières assoiffées de mes nerfs

Et celui-là, sans titre, en ces jours où l'on commémore le centième anniversaire de la mort d'Apollinaire :

Soleil cou coupé d'Apollinaire
Sous le pont Mirabeau coule avec la Seine.
L'hivers a des lumières de primevère
Et mon amour est couleur de la peine.
(...)



>> Georges-Emmanuel Clancier, Au secret de la source et de la foudre, poèmes, Gallimard, 60 pages, 12 €

lundi 12 novembre 2018

C'est pourquoi Poe a de la chance

Après celles de Dante, dans le domaine italien ; Dostoievski, dans le domaine russe, Mark Twain  et Stevenson, pour la langue anglaise aussi, voici qu'un autre grand classique fait l'objet d'une nouvelle traduction : Edgar Allan Poe
Publiée par Phébus dans un format confortable et une reliure toilée, elle comportera deux volumes réunissant, par ordre chronologique de leur publication, toutes les nouvelles écrites par Poe.
Il n'est pas exagéré de dire que Poe doit en France une fière chandelle à Baudelaire
Sans nier cette évidence, en rendant même un bel hommage au poète des Fleurs du Mal,
les traducteurs se sont attelés à une version contemporaine intelligente.
Edgar n'en sort que justifié et grandi.







Mais ce qui fait dire au libraire qu'il a du pot Edgar, c'est que Pierre Bondil et Johanne Le Ray se sont donnés la même mission pour le compte des éditons Gallmeister, en leur collection Totem. 
La Chute de la maison Usher donne son titre au premier volume de la trilogie qui abritera les nouvelles d'Edgar.

 >> Edgar Allan Poe, Nouvelles intégrales, tome I, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf, Phébus, 432 pages, 27 €

>> Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Bondil et Johanne Le Ray, Gallmeister, 358 pages, 11 €

mercredi 7 novembre 2018

La dévotion de Patti Smith

Chaque livre de Patti Smith est une œuvre d'art. Celui-ci, Dévotion, n'échappe pas à cette plaisante règle.
Dévotion est une rêverie à travers Saint-Germain-des-Prés et le Paris de Modiano ; sur les pas de Camus à Lourmarin ; sur ceux de Simone Weil, la philosophe, enterrée à Ashford. Un pèlerinage très francophile.
La photographie en noir et blanc (de la meilleure facture) est, comme toujours, présente dans l'univers de Patti Smith. Ensuite, poèmes, une nouvelle, des réflexions littéraires s'entremêlent, sans hiérarchie, sans souci excessif de séparer les genres d'expression. On y côtoie furtivement le fantôme discret de René Daumal (il connut Simone Weil). Rimbaud croise dans les parages. 
Le classicisme impeccable de la couverture et de la composition de Dévotion tranche avec l'effervescence de son contenu. Une effervescence tempérée par une certaine mélancolie automnale.
Revenue à New York, Patti Smith expérimente le petit hiver des sentiments qu'éprouve le voyageur retrouvant la terre quotidienne.


 >> Patti Smith, Dévotion, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Gallimard, 156 pages, 14,50 €








dimanche 4 novembre 2018

Les 3e Rencontres de Vichy

Les 23 et 24 novembre prochains, auront lieu
les 3e rencontres organisées par le
Centre International d'Etudes et de Recherches de Vichy
sur le thème : " Les acteurs de la Résistance
vus par les historiens d'aujourd'hui ".
En voici le programme complet : 


samedi 27 octobre 2018

Portrait du libraire

Le plus beau des portraits de libraires jamais écrit en langue française, le plus sincère, le plus vécu , se trouve sous la plume de Patrick Cloux dans l'un de ses deux derniers livres : Mes oncles du dimanche (Le Temps qu'il fait). 
Il est écrit à la mémoire de Jean Rome, libraire hors pair, hors grands circuits, qui exerça rue des Gras à Clermont-Ferrand, disparu en 2008. Un bref extrait :

" Lui qui depuis toujours et à pas d'heure était là, la porte ouverte, jamais pressé de finir la journée, n'aimait pas lâcher la rambarde. (...) Berger nocturne, il aurait pu causer philosophie avec un réverbère. Il était devenu à son insu, cela l'agaçait un peu, une de nos mythologies urbaines, une part non négligeable de nos jeunesses, une des configurations mentales de nos piètres mémoires, dévorées de tant de contradictions (...) Lui, au contraire ne prêchait pas, n'évangélisait personne, , n'imposait rien . Il vous mettait un livre en main et c'était à vous de jouer.  (...) Il était devenu à la longue le témoin des lectures de ses clients, piochées sur des étagères de fortune. Un petit bois de passion lente brûlait en lui. "


Patrick Cloux a tant à nous dire qu'il sera notre invité Samedi 24 novembre 2018, à 15h. Outre Mes oncles du dimanche, il évoquera Au grand comptoir des Halles, qui paraît chez Actes Sud. 



>> Patrick Cloux, Mes oncles du dimanche, Le Temps qu'il fait, 254 pages, 21 € et Au grand comptoir des Halles, Actes Sud, 334 pages, 22 €

mercredi 24 octobre 2018

La langue en 2018

Succédant à l'excellent Mes pas vont ailleurs, de Jean-Luc Coatalem, en 2017, Idiotie vient de valoir le prix de la langue française 2018 à Pierre Guyotat
Et, de fait, cet écrit (un roman autobiographique ?), quoi qu'il se propose de dire, dans quelque sphère de la subjectivité qu'il se propose de mener le lecteur, à quelque époque de la vie de son auteur qu'il se rapporte, se distingue bel et bien par son écriture, par sa langue. 
Et sans doute n'est-ce pas la seule virtuosité, la seule maîtrise technique qui le hisse à cette qualité littéraire : on trouve de nombreux livres " bien écrits ", des livres incontestablement
" bien ficelés " sur l'étal du libraire en ce mois d'octobre et toujours. 
Ce sont les livres portés par une nécessité, vertu mystérieuse entre toutes, vertu changeante aussi pour un même créateur, qui atteignent ce point. Qu'ils nous parlent des grands thèmes de l'humanité ; de l'existence ou de l'inexistence de Dieu. Ou de la cheville que le romancier se tordit en sortant de chez lui, l'autre jour.


> Pierre Guyotat, Idiotie, Grasset, 256 pages, 19 €

dimanche 21 octobre 2018

Où est la librairie intelligente ?

Une librairie sans libraires a ouvert ses portes le 18 à Shenzhen, une ville du sud-est de la Chine.

Présentée comme "la plus grande librairie intelligente du monde", cette chose s’étend sur une surface de 178m2 et est ouverte 24 heures sur 24. Sa particularité ?  Miser uniquement sur la technologie pour satisfaire les besoins de ses clients, hors de l'humain.
A cette anti-librairie absolue, opposons La Librairie de tous les possibles, de l'auteur japonais Shinsuke Yoshitake. Elle est cornaquée par un petit libraire marrant et aux ressources illimitées.
Celle-là est la vraie librairie intelligente.

> Shinsuke Yoshitake, La Librairie de tous les possibles, Milan, 104 pages, 13,90 €