mardi 5 juillet 2016

La table raconte le monde

Massimo Montanari, Les Contes de la table,
traduit de l'italien par Jérôme Nicolas,
Seuil, 253 pages, 19 €
Que la littérature et l'imaginaire soient remplis de rêves liés à la nourriture et aux saveurs ne devrait pas surprendre les gourmands, dont le libraire fait partie.
Les romans de chevalerie, les contes, les vies des saints, notamment, en sont, si l'on ose dire, truffés. L'historien Massimo Montanari a eu l'idée  d'en extraire le suc dans des contes traditionnels, pour la plupart traditionnels, qui nous transportent au moyen-âge dans la peau de Charlemagne, de saint François d'Assise ou encore de Christine de Suède. C'est au pays de Cocagne que, fort logiquement, se termine ce voyage chez les bons vivants du passé européen.
" La table raconte la faim et les efforts des hommes pour la transformer en source de plaisir. Elle raconte l'économie, la politique et les rapports sociaux.  Elle révèle les traits intellectuels, philosophiques et religieux d'une société. La table raconte le monde ", écrit Massimo Montanari.
Le livre est pimenté par les illustrations bicolores, oranges et noires, façon années 1950, de Harriet Taylor Seed.
Bernard Pivot avait animé un célèbre Bouillon de culture, on s'en souvient peut-être.
Ce Lyonnais de naissance nous parle de festins dans son dernier livre. Sauf que ce sont, dit-il,
" les mots qui nous grignotent, ce sont les livres qui nous avalent ", et non le contraire, comme le pensent les auteurs qui se croient  omniscients. Au secours les mots m'ont mangé a été écrit pour être dit sur scène. Un CD l'accompagne de façon à joindre au plaisir gustatif celui de l'audition.

Bernard Pivot, Au secours ! Les mots m'ont mangé,
Allary éditions, 102 pages, 18,90 €

lundi 4 juillet 2016

L'éditeur, le libraire et les haïkus

Pour l'achat de livres de la maison, les éditions Arléa
offrent un recueil de 155 haïkus
rédigés par libraires et représentants amis.
 
155 haïkus de libraires, Arléa, hors commerce
 
On trouve en page 46 du livre les haïkus d'A la Page, dont ceux-ci :
 
Noël : aïe !
l'office sera lourd
à digérer

Lire l'essai
le relire j'essaie
ah !

Je pose mon livre
mille mouettes libres
dans les yeux
 
Il nous reste encore quelques exemplaires à vous offrir,
mais dépêchez-vous !

dimanche 3 juillet 2016

En pensant à Yves Bonnefoy


" Qu'est-ce, en effet, que le soleil sur la mer le soir, sinon la vie rencontrant la mort, mais avec déjà, sous-jacente, la pensée que demain la lumière à nouveau emplira le ciel, bien que montant d'un autre point de l'espace, nullement de ce havre merveilleux où entre maintenant la barque chargée de flammes ? Mort, mais qui parle de résurrection à ceux qui s'attardent sur le rivage, eux à contre-jour pour le peintre qui tenterait de représenter cette scène. Mort qui demande à ces passants de se détourner  du couchant pour réfléchir à ce qui se joue déjà à l'intérieur des terres enténébrées si ce n'est pas d'eux-mêmes, dans des profondeurs à comprendre. "
 
Yves Bonnefoy
1923-2016
L'Echarpe rouge, Mercure de France, avril 2016
 

samedi 2 juillet 2016

Entende qui a des oreilles

Thierry Paquot, Le Paysage, La Découverte,
125 pages, 10 €
Les paysages n'ouvrent pas seulement sur une dimension visuelle. Ni olfactive. Les paysages ont une réalité sonore, ce que l'on sait depuis le XIXe siècle,
au moins. Témoin cette page de Simeon Pease Cheney, un maître de chant qui vivait en Nouvelle-Angleterre et  qui observa : " A coup sûr, depuis que cette boule s'est mise à tourner à travers les espaces infinis  au diapason de la musique des sphères, les éléments ne furent jamais silencieux. Leur voix n'ont cessé de résonner d'accords combatifs, dans le feu et les flots, de l'équateur aux pôles, d'innombrables siècles avant que les monstres marins et terrestres ne joignent leurs mugissements au chœur de l'univers. (...) Entende qui a des oreilles. "
Aujourd'hui, nous possédons de nombreux instruments pour enregistrer les voix de la nature et des espèces naturelles, pour cartographier le paysage sonore.
Bernie Krause, bioacousticien, s'y emploie avec ardeur, comme en témoigne son " Manifeste pour la sauvegarde des paysages naturels " intitulé Chansons animales et cacophonie humaine.

Sur la cacophonie humaine, Charles Fourier, le grand utopiste avait son idée : les villes, disait-il, sont bruyantes parce que les Français ont une mauvaise oreille : ils entendent faux. D'où la pollution sonore, qui atteint aujourd'hui ses plus hauts sommets.
Sur le monde naturel, Bernie Krause a son idée aussi : il faut en préserver l'acoustique pour que demeure " une géographie de l'espoir ".
Le libraire vous donne rendez-vous aux champs pour écouter les oiseaux ; ou, à défaut, dans le parc quand la ville est calme et laisse filtrer chants et bruits d'ailes. Avec un peu de chance, vous entendrez même jouer les écureuils si vous vous tenez tranquillement sous les arbres avec votre livre.

Bernie Krause, Chansons animales
et cacophonie humaine, traduit de
l'anglais par Amanda Prat-Giral,
Actes Sud, 110 pages, 16 €

vendredi 1 juillet 2016

Causes de l'absence

Mais, au fait, où était parti le libraire tout ce temps ? Devinez un peu.
 
Pierre Deslais, Le Périgord. Géographie curieuse
et insolite, Ouest France, 117 pages, 15,90 €
Jérôme Hutin, Arbres. Trésors vivants du Périgord,
Les livres de l'îlot, 201 pages, 34 €
 

jeudi 30 juin 2016

D'exil en exil

Beat Generation, New York, San Francisco, Paris
 Centre Pompidou, 304 pages, 44,90 €
 
Tandis que la génération beat s'assied pour un moment au Centre Pompidou après avoir connu l'exil intérieur de New York à San Francisco et Paris, avec ses chambres d'hôtel, ses bars bohémiens, ses poèmes jazzés et ses séjours
sur la tombe d'Apollinaire (" Je me suis rendu au
Père-Lachaise à la recherche de traces d'Apolli-naire ", commence un poème d'Allen Ginsberg),
pendant ce temps donc, le bosnien Velibor Čolić campe le portrait d'un migrant frotté de littérature et exilé en France. Avec sa découverte des gares parisiennes, des taxis, des plateaux télévisés, du métro et des bars :
" Assis tel un pacha derrière le zinc, je me présente au barman comme HB.
-- Vous voyez mon ami, je suis HB, le Hemingway bosniaque. C'est du costaud, moi. Faut pas me chercher. "
Velibor Čolić, réfugié politique, qualifie son roman de " sentimental journey ", ou de " voyage senti-
mental ". Pour accompagner la lecture de son Manuel d'exil, il conseille d'écouter " Monk's Dream, sublime album de l'unique Thelonious Monk ".
D'une certaine façon, exil pour exil, la boucle est bouclée.
Velibor Čolić, Manuel d'exil. Comment
réussir son exil en trente-cinq leçons,
Gallimard, 200 pages, 17 €

 
 

mercredi 29 juin 2016

Hey !

Hey ! la revue d'art bilingue (français-anglais) vient de souffler ses six bougies au mois
de juin. Feuilleter l'un de ses vingt-six numéros est une expérience qui décoiffe.
Incarnant, selon ses propres dires "la défense de territoires affranchis de la norme, une alternative à la vision d'une culture unilatérale ", chaque numéro condense des expressions graphiques très fortes.
Dessin numérique, art populaire, artistes échappés des premières années d'école de dessin, culture de rue, tatouage et pop s'y donnent rendez-vous. Animée par des rédacteurs en chef qui sont eux-mêmes artistes et commissaires d'exposition, la revue est désormais bien installée dans la provocation et le débridé.

Hey ! n° 26, 143 pages, 19,90 €