mardi 14 février 2017

Nos nuits

Michaël Fœssel, La Nuit. Vivre sans témoin,
Autrement, 170 pages, 14,90 €
" Les hommes sont nombreux à marcher de jour et peu à le faire de nuit ", écrivait l'américain Henry David Thoreau (1817-1862). Et il ajoutait : "La nuit est une saison fort différente. Soit une nuit de juillet, par exemple. Sur le coup des dix heures, – tout le monde dort, sa journée honnêtement oubliée, – la beauté du clair de lune illumine les prés déserts où les troupeaux paissent en silence. De toutes parts, du nouveau surgit. La lune et les étoiles remplacent le soleil ; l’engoulevent succède à la grive des bois ; les papillons dans les prairies s’effacent devant les lucioles, ces pointes de feu ailées – qui eût pu l’imaginer ? "
Et cependant, lui répond aujourd'hui Michaël
Fœssel , " les raisons de ne pas aller à la nuit ne manquent pas. Celui qui veut dormir invoque l'heure avancée, le froid ou les contraintes du lendemain. Dans tous les cas s'impose le sentiment qu'une aventure nocturne (escapade ou veille) mènerait " trop loin" : non seulement au-delà de ce que peut le corps, mais dans des lieux incertains desquels on n'est pas sûr de ramener autre chose que de la fatigue. "
Le libraire, lui, se souvient de ses veillées de l'enfance et de la jeunesse et de diverses expériences de la nuit. Il penche du côté de Thoreau. Michaël Fœssel, du reste, précise : " Il y a un sens à entrer dans la nuit, même au risque de devoir en sortir. La question est devenue urgente parce que la sensation de sortir une fois pour toutes de la nuit n'a jamais été aussi grande. Pour ne plus être altérée par les crépuscules et les aubes, l'humanité dispose désormais de toute une série de techniques lumineuses. Celles-ci s'ajustent à merveille aux injonctions en faveur d'un temps homogène où aucune limite ne fait plus obstacle aux impératifs de productivité et de transparence."


... Quant aux Nuits de laitue, le roman excentrique de Barbara Vanessa, dont nous avions fait l'éloge (voir le billet du 27 août 2015), il paraîtra au format de poche au mois de mai prochain. Un peu de patience, s'il vous plaît. Et que vos nuits soient bonnes.

lundi 13 février 2017

Un mot sur Jean-Claude Pirotte

Jean-Claude Pirotte, Traverses,
Cherche midi, 90 pages, 14 €

De Jean-Claude Pirotte (né en 1939, disparu en 2014) viennent de paraître simultanément des pages de journal sous le titre Traverses (2010-11) et un recueil de poèmes, intitulé Jours obscurs. Dans le premier, il ne mâche pas ses mots, comme dans cette note du 25 octobre 2010 :
" Les livres que je reçois, comme il m'est difficile de ne pas les haïr. Et tant pis pour moi, je l'ai bien cherché comme on dit. Je me suis lancé dans cette entreprise de "chroniqueur de poésie" sans mesurer le risque de dégoût qu'elle me ferait courir. Car la plupart des poètes que me voici contraint de lire entretiennent ma répulsion pour le clinquant, la fausseté, la trivialité. La bonne volonté même, l'honnêteté de certains d'entre eux m'affligent et m'encolèrent. Comment peuvent-ils être aveugles -- ou complaisants à ce point ? "
Voilà qui est dit et fermement dit.
Dans son second livre posthume, Pirotte paie d'exemple et met en pratique sa vision de la poésie :

La chanson que nul joueur n'écoute
dans l'angle du café s'épuise
et l'on entend battre les cartes
et frapper du poing sur la table,

exactement comme il fait. Et le poème continue :

un mot seulement se détache
trèfle ou cœur sous la lampe sourde
et le tapis vert luit d'usure
et grisonne sous les coudes

il nous reste peu de temps sur terre
et pourtant la chanson recommence
le disque rayé tourne encore
quand s'éteignent les néons du bar

Rien chez lui qui soit clinquant, faux ou trivial.
Jean-Claude Pirotte, Jours obscurs,
Cerche midi, 182 pages, 18 €

dimanche 12 février 2017

Taniguchi, l'homme qui marchait

Jurô Taniguchi est décédé samedi 11 février.
Le mangaka (auteur de mangas) était en particulier connu pour Quartier lointain (1998), son plus grand succès en France, mais également L’Homme qui marche (1995) et, l'an dernier, Rêveries d’un gourmet solitaire.
Voici comment Casterman (son éditeur en France) le présente :
« Né en 1947, Jirô Taniguchi débute dans la bande dessinée en 1970 avec Un Été desséché. Depuis, au fil d'une œuvre prolifique, le mangaka le plus apprécié du public francophone explore de front une multitude de veines : fresques historiques, westerns, polars hard-boiled, sagas animalières, adaptations littéraires et récits intimistes. Le premier volume de Quartier Lointain, qui a remporté lors du festival d'Angoulême 2003 l'Alph'Art du meilleur scénario, a également reçu le prix Canal BD des librairies spécialisées. Ce titre, également plébiscité par le public, a été adapté au cinéma et au théâtre. » « Véritable passeur entre le manga et la bande dessinée occidentale, il a bâti une œuvre dont la variété de tons et de genres est exceptionnelle », ajoute Casterman.

samedi 11 février 2017

Porter ses pas dans Paris

Alexander Werth, Les Derniers jours de Paris,
Slatkine, 287 pages, 20 €
Journaliste britannique, correspondant du Guardian à Paris, Alexander Werth (1901-1969) a tenu en français son journal de L'Occupation. Ce sont des notes prises au jour le jour en juin 1940, avant qu'il faille quitter la capitale. Un carnet parisien, rédigé avec le pressentiment que la fête (celle de la ville, celle de la vie) était terminée pour une génération. Et qu'il fallait vite revoir les lieux aimés.
" Je fourre dans la valise diverses choses auxquelles je tiens -- parmi lesquelles trois livres : Candide, Les Âmes mortes de Gogol et le Journal de Gide ; et dans ma poche je mets La France de Péguy. J'enveloppe le Matisse ; mais il n'y a pas de place dans la valise pour le Derain ; tant pis, il faudra le laisser. C'est  dommage. Au bureau, je regarde ma table de travail ; dans les tiroirs, il y a des papiers et des lettres ; rien de compromettant ; je ne prends pas la peine de les détruire. Je regarde par la fenêtre, et j'ai une envie folle de faire encore une promenade dans ces rues de Paris dont je connais tous les pavés. Si seulement je pouvais aller sur la rive gauche ! Mais c'est trop loin. Je sors, et je remonte le boulevard des Italiens jusqu'un peu plus haut que le carrefour Drouot. Le magasin de chez Pillot est toujours rempli de chaussures ; les rues sont pleines de monde ; il y a même un cinéma ouvert. Etrange. Des autos filent, moins nombreuses toutefois que ce matin. Il fait chaud. Il y a du soleil. C'est un vrai jour d'été parisien. "
Claude Eveno, né en 1945,  a passé son enfance et sa jeunesse dans la capitale d'après-guerre, quand l'occupant avait heureusement déguerpi.  Ceci est son journal de promenades urbaines, quinze " voyages " menés le nez au vent des rues, des places et des jardins. Enseignant en urbanisme, il connaît son sujet, il a sa propre culture urbaine et sait qu'une ville ne se compose pas uniquement de zones monumentales, de quartiers vedettes. Il choisit ses parcours en surface, fait ses tours et ses écarts comme il le sent, là où la physionomie des rues l'attire, au centre ou à la lisière. Chaque pas, chaque pierre comptent dans cet arpentage minutieux.

Claude Eveno, Revoir Paris,
Christian Bourgois, 347 pages, 18 €


jeudi 9 février 2017

La libido du libraire

A l'approche du 14 février, jour de la Saint-Valentin,
certains ouvrages fleurissent opportunément sur l'étal du libraire.
Voici trois de ces fleurs qui vous laissent cinq jours de réflexion :
 
Brigitte Bulard-Cordeau,
Expressions amoureuses expliquées,
Chêne, 96 pages, 4,90 €
 
Jean-Claude Kaufmann,
Saint-Valentin mon amour,
Les Liens qui libèrent, 234 pages, 18 € 
Jean-Claude Bologne,
Histoire du coup de foudre,
Albin Michel, 318 pages, 21,50 €

mercredi 8 février 2017

Rimbaud à vendre


Non, il ne s'agit pas d'un album conseillé par Géraldine lors de l'un de ses SAMEDI BD !
Ce que vous voyez-là est un dessin réalisé par Arthur Rimbaud âgé de dix ans. Sotheby's mettra en effet bientôt aux enchères six dessins de la main d'Arthur (sur un ensemble de sept), intitulés Plaisirs du jeune âge.



Rappelons que les Poésies complètes du moins scolaire des poètes se trouvent sur les rayons du libraire à prix raisonnable. Par exemple dans l'édition du Livre de poche.


Arthur Rimbaud, Poésies complètes,
288 pages, 3,10 €

mardi 7 février 2017

Chamfort (Sébastien-Roch Nicolas, pas Alain) aujourd'hui

Eric Chevillard, L'autofictif à l'assaut des cartels,
L'Arbre vengeur, 224 pages, 15 €
" Longtemps j'ai voyagé au bout de la nuit. "

" Les tsunamis de mes kamikazes sont mes amis. "

" C'est le seul moyen de fuit la société en faisant bonne impression, aussi je ne la laisse à personne : la vaisselle. "

" Sur quel terrain se battront à armes égales Kasparov et Kalachnikov ? "

" Mon plagiaire a fait mieux que moi comme le prouvent ses ventes encore inférieures aux miennes. "

" La chat a des moustaches en fil de pêche. L'hameçon est au bout de sa patte. Il ne manque pas non plus de patience. Mais sa queue d'anguille reste insaisissable. "