mercredi 20 juillet 2016

Grande boucle et littérature

Albert Londres, Les Forçats
de la route, Arlée, 64 pages, 6 €
 
Ce sont deux classiques de la littérature sportive. Albert Londres (1884-1932) 
et Antoine Blondin (1922-1991). Tous deux journalistes, tous deux fascinés par la petite reine :
Londres : " On s'habitue à tout. Il suffit de suivre le Tour de France pour que la folie vous semble un état de nature. Le 19 juin dernier, si quelqu'un m'avait dit : vous allez voir sept ou huit millions de Français danser la gigue sur les toits, sur les terrasses, sur les balcons, sur les chemins, sur les places et au sommet des arbres, j'aurais dirigé aussitôt mon informateur vers une maison d'aliénés. "
Blondin : " Trois quarts de siècle d'existence ont suffi au Tour de France pour  créer et exalter une géographie privilégiée qui lui est propre. A travers les modifications qui, d'une année sur l'autre, peuvent affecter l'itinéraire, on retrouve la permanence de quelques hauts lieux. (...)
Une nouvelle carte de France se dessine à l'intérieur de l'autre, dont les provinces sont aux couleurs des champions qui s'y sont illustrés, qui les ont illustrées. "
La mythologie suit son cours. Relativement inchangée.
A la question " Quelle est votre occupation préférée ? " du fameux Questionnaire Proust, Blondin avait répondu : " Suivre le Tour de France. "
Plus terre à terre peut-être, Londres note ce conseil lancé à un coureur du Tour 1924 : " Mange pas de pain ! lui crie un initié, ça gonfle, mange du riz ! "


Antoine Blondin, Sur le Tour
de France, La Table ronde,
158 pages, 7,10 €
 

mardi 19 juillet 2016

Jeunes vacances

Comment impressionner vos enfants,
L'Imprévu, 112 pages, 11,95 €
 
Il n'y a jamais trop d'idées pour divertir les jeunes enfants en cette période phare de l'année : leurs vacances, sinon les vôtres. Un petit livre vous propose même de les impressionner.
En faisant chanter les verres ; en faisant pleuvoir (déjà !) d'un coup de baguette magique ; en leur apprenant à jongler ou en confectionnant des masques légers. Les recettes sont très simples et présentées avec l'humour nécessaire pour vous aider à surmonter l'épreuve.
Une  possibilité supplémentaire s'offre à vous : la visite de l'exposition " Père castor. Raconte-nous ton histoire " qui se tient au musée de l'Illustration jeunesse à Moulins, dans le bel Hôtel Mora. Vous y retrouverez la collection créée en 1930 par Paul Foucher et qui, outre Poule Rousse, Michka, Bourru l'Ours ou La vache orange, compte désormais 2000 titres.
L'exposition est conçue pour mobiliser l'attention des enfants, leurs sens de l'observation des images, leur adresse au jeu. 
C'est ce qui s'appelle tomber à pic.

lundi 18 juillet 2016

Gaëlle Josse à Vichy

Gaëlle Josse,
Prix des Lecteurs A la page 2016
décerné par un jury de lecteurs vichyssois
et Prix France Bleu/Page des libraires 2016,
sera l'hôte de la librairie le
VENDREDI 18 NOVEMBRE PROCHAIN
 
 
Quant à Astrid Eliard,
auteur de Danser (Mercure de France)
qui faisait partie de la sélection du Prix des Lecteurs,
elle vient d'obtenir le Prix Marcel Pagnol 2016.
 
 
 


mardi 12 juillet 2016

Le cri fait fort

Revue du crieur N° 4, 160 pages, 15 €
Sous le titre " Les secrets inavoués du journalisme culturel " ceci dans la dernière livraison de la revue du Crieur :
" Tout bon journaliste est censé maintenir avec le domaine qu'il couvre une distance critique suffisante, ni trop près ni trop loin. Mais cette règle est souvent bafouée (...) Pour remplir les pages Culture, on hésite de moins en moins à accepter les largesses des institutions culturelles : voyages de presse, "partenariats", discrets et publi-information camouflée sont présentées aujourd'hui comme les conditions nécessaires à l'existence même de ces pages... dont l'intérêt décroît en proportion. "
La revue Le Matricule des Anges des mois de juillet-août 2016, présente un dossier consacré à Jack London.
On peut s'y fier.


Le Matricule des anges N°175,
juillet-août 2016, 52 pages, 6 €

lundi 11 juillet 2016

Nestor Burma sur la feuille de match

Nestor Burma contre C.Q.F.D., N° 1, 28 pages illustrées,
Casterman, 2,80 €
Le 12 octobre prochain, soyons précis, paraîtra chez Casterman l'album Nestor Burma contre CQFD, d'après le roman de Léo Malet (1909-1996) initialement paru en 1945.
En avant-première, le même éditeur en propose une prépublication livrable en trois fois, accompagnée d'informations sur l'époque à laquelle se déroule le roman, l'actualité cinématographique et diverses reproductions d'annonces et de "réclames "de ce temps.
Le graphisme bicolore (jaune et noir pour rappeler les classiques du genre policier) signé Moynot-Tardi est réussi. Le dessin  des scènes et des objets parisiens, comme les quais du métro, les immeubles d'angle ou les machines à écrire, est finement étudié et rendu.
Le personnage de Burma, lui, est mythique. Un Marlowe ou un Sam Spade français, comparaison qui irritait Léo Malet, qui assurait avoir eu sur eux la primeur littéraire.
Pour revenir à 2016, on notera que le dernier roman de Philip Kerr, Le Mercato d'hiver, se déroule dans le milieu du football, qu'affectionne l'auteur. Son héros, Scott Manson, est l'entraîneur d'un club londonien dans les tribunes duquel un meurtre vient de se produire.
Le libraire botte en touche.

Philip Kerr, Le Mercato d'hiver,
traduit de l'anglais par Katalin Balogh
et Philippe Bonnet, Le Masque,
447 pages, 20 €

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dimanche 10 juillet 2016

Jardinier extraordinaire

Les Paradis naturels. Jardins chinois en prose,
traduits et présentés par Martine Valette-Hemery,
Picquier poche, 206 pages, 7 €
Liu Shilong, tel est le nom de l'un des jardiniers préférés du libraire. Un jardinier dont on ne risque pas d'entendre la voix sur les ondes dominicales :
il vécut dans la Chine traditionnelle et ses dates de naissance et de mort sont inconnues.
La particularité du jardin de Liu Shilong est qu'il
n'a pas d'existence physique. C'est un jardin qui n'existe que dans la tête de ce fin lettré adepte de la construction imaginaire, des paysages nés de la vision intérieure.
Un aussi formidable jardinier peut ainsi tous les jours faire le tour du propriétaire ; admirer ses allées plantées de bambous ; ses bassins où croassent les grouilles ; son exubérance de formes ; ses espaliers de fleurs grimpantes ; ses rochers qui imitent en miniature les sommets.
Pas de danger qu'il s'y casse les reins à bêcher
ni n'attrape des ampoules aux doigts ! " Puisqu'il n'existe que dans mon esprit, les tempêtes et les orages ne peuvent pas plus lui nuire que les inondations et les incendies ", précise le jardinier un brin cossard. Avant d'ajouter malicieusement :
" Des fils et petits fils sans scrupules ne peuvent en vendre le moindre brin d'herbe. "
La jardin de Liu Shilong occupe quelques pages dans Les Paradis naturels parmi d'autres Jardins chinois en prose qui viennent de paraître en poche. Le libraire conseille la visite imminente du Kiosque des Vagues Bleues ; du Jardin du Ruisseau de Rêve ; du Jardin du Hasard, de la Tour de tous les Possibles...

samedi 9 juillet 2016

Le meilleur ami de Montaigne et de l'homme

La Boétie, Discours de la servitude
volontaire, GF, 238 pages, 5,90 €
Les élèves fondus de maths, de physique et de chimie qui préparent leur entrée aux grandes écoles scientifiques cette année n'ont pas toutes les malchances.
Le programme de français-philosophie, qui porte sur
le thème " Servitude et soumission ", implique l'étude
du Discours de la servitude volontaire, d'Etienne de La Boétie, l'ami sarladais de Montaigne ( " Parce que c'était lui, parce que c'était moi "). On a vu pire.
Lorsqu'il rédige ce brûlot de quelques dizaines de pages, La Boétie a quasiment le même âge (dix huit ans) que les élèves qui doivent aujourd'hui plancher sur son texte. Nous sommes en 1549. Depuis, bien qu'il soit moins épais que les Evangiles,  Le Prince de Machiavel ou Le Traité de désobéissance civile de Henry David Thoreau, il a fait comme eux le tour du monde. La question qu'il pose est de savoir comment un seul homme peut imposer son pouvoir à tous les autres et le maintenir.
Il n'échappe évidemment pas à La Boétie qu'un phénomène aussi extraordinaire que la tyrannie ne serait pas possible si le tyran n'usait de stratagèmes éprouvés (du pain et des jeux) pour le maintenir dans la soumission. Mais toute l'originalité de sa thèse consiste à dire que le peuple, de son côté, participe à sa propre oppression et apporte son soutien actif à la tyrannie. 
La devise de La Boétie que devront méditer les heureux étudiants est la suivante : " Ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander, puisqu'en cessant de servir ils en seraient quittes. "
Le libraire vous souhaite un bon samedi.