lundi 19 novembre 2018

Anamosa, un éditeur nommé " On y va "

Et si nous évoquions aujourd'hui un éditeur ?
Les éditions Anamosa, sises à Paris, partent d'une conviction très forte et qui pourrait à l'avenir se faire entendre : " soigner le fond et la forme parce que la non-fiction peut être lue par tous… comme un roman. " 
Le libraire opine. Essais sur l'art, biographies, livres de nature, au lieu d'être d'indigestes traités scolaires, sans goût ni style, peuvent aussi satisfaire le lecteur.
Nous en reparlerons, aussi vrai que les éditions Anamosa seront au mois d'avril prochain les hôtes de la librairie sur un sujet hors piste : les courses de chevaux.
Anamosa, chez les Indiens Sauks, signifie : " tu marches avec moi ". D'accord. On y va.


vendredi 16 novembre 2018

Georges-Emmanuel Clancier inédit



Georges-Emmanuel Clancier s'est éteint le 4 juillet dernier, âgé de cent-quatre ans. Les éditions Gallimard publient un ensemble de poèmes retrouvés, datant, pour l'essentiel,  des années 1960-1970.
Retenons celui-ci, qui ouvre le recueil et intitulé ' Le temps des possibles ", pour sa souple expressivité :

C'était le temps des possibles sur toutes les crêtes des mers
Et la mort, danseuse des carrefours,
Mes yeux dans ses yeux
Comme azur dans le lac
Balançait les espaces
Par-dessus les rivières assoiffées de mes nerfs

Et celui-là, sans titre, en ces jours où l'on commémore le centième anniversaire de la mort d'Apollinaire :

Soleil cou coupé d'Apollinaire
Sous le pont Mirabeau coule avec la Seine.
L'hivers a des lumières de primevère
Et mon amour est couleur de la peine.
(...)



>> Georges-Emmanuel Clancier, Au secret de la source et de la foudre, poèmes, Gallimard, 60 pages, 12 €

lundi 12 novembre 2018

C'est pourquoi Poe a de la chance

Après celles de Dante, dans le domaine italien ; Dostoievski, dans le domaine russe, Mark Twain  et Stevenson, pour la langue anglaise aussi, voici qu'un autre grand classique fait l'objet d'une nouvelle traduction : Edgar Allan Poe
Publiée par Phébus dans un format confortable et une reliure toilée, elle comportera deux volumes réunissant, par ordre chronologique de leur publication, toutes les nouvelles écrites par Poe.
Il n'est pas exagéré de dire que Poe doit en France une fière chandelle à Baudelaire
Sans nier cette évidence, en rendant même un bel hommage au poète des Fleurs du Mal,
les traducteurs se sont attelés à une version contemporaine intelligente.
Edgar n'en sort que justifié et grandi.







Mais ce qui fait dire au libraire qu'il a du pot Edgar, c'est que Pierre Bondil et Johanne Le Ray se sont donnés la même mission pour le compte des éditons Gallmeister, en leur collection Totem. 
La Chute de la maison Usher donne son titre au premier volume de la trilogie qui abritera les nouvelles d'Edgar.

 >> Edgar Allan Poe, Nouvelles intégrales, tome I, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christian Garcin et Thierry Gillyboeuf, Phébus, 432 pages, 27 €

>> Edgar Allan Poe, La Chute de la maison Usher, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Bondil et Johanne Le Ray, Gallmeister, 358 pages, 11 €

mercredi 7 novembre 2018

La dévotion de Patti Smith

Chaque livre de Patti Smith est une œuvre d'art. Celui-ci, Dévotion, n'échappe pas à cette plaisante règle.
Dévotion est une rêverie à travers Saint-Germain-des-Prés et le Paris de Modiano ; sur les pas de Camus à Lourmarin ; sur ceux de Simone Weil, la philosophe, enterrée à Ashford. Un pèlerinage très francophile.
La photographie en noir et blanc (de la meilleure facture) est, comme toujours, présente dans l'univers de Patti Smith. Ensuite, poèmes, une nouvelle, des réflexions littéraires s'entremêlent, sans hiérarchie, sans souci excessif de séparer les genres d'expression. On y côtoie furtivement le fantôme discret de René Daumal (il connut Simone Weil). Rimbaud croise dans les parages. 
Le classicisme impeccable de la couverture et de la composition de Dévotion tranche avec l'effervescence de son contenu. Une effervescence tempérée par une certaine mélancolie automnale.
Revenue à New York, Patti Smith expérimente le petit hiver des sentiments qu'éprouve le voyageur revenue sur la terre quotidienne.


 >> Patti Smith, Dévotion, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Gallimard, 156 pages, 14,50 €








dimanche 4 novembre 2018

Les 3e Rencontres de Vichy

Les 23 et 24 novembre prochains, auront lieu
les 3e rencontres organisées par le
Centre International d'Etudes et de Recherches de Vichy
sur le thème : " Les acteurs de la Résistance
vus par les historiens d'aujourd'hui ".
En voici le programme complet : 


samedi 27 octobre 2018

Portrait du libraire

Le plus beau des portraits de libraires jamais écrit en langue française, le plus sincère, le plus vécu , se trouve sous la plume de Patrick Cloux dans l'un de ses deux derniers livres : Mes oncles du dimanche (Le Temps qu'il fait). 
Il est écrit à la mémoire de Jean Rome, libraire hors pair, hors grands circuits, qui exerça rue des Gras à Clermont-Ferrand, disparu en 2008. Un bref extrait :

" Lui qui depuis toujours et à pas d'heure était là, la porte ouverte, jamais pressé de finir la journée, n'aimait pas lâcher la rambarde. (...) Berger nocturne, il aurait pu causer philosophie avec un réverbère. Il était devenu à son insu, cela l'agaçait un peu, une de nos mythologies urbaines, une part non négligeable de nos jeunesses, une des configurations mentales de nos piètres mémoires, dévorées de tant de contradictions (...) Lui, au contraire ne prêchait pas, n'évangélisait personne, , n'imposait rien . Il vous mettait un livre en main et c'était à vous de jouer.  (...) Il était devenu à la longue le témoin des lectures de ses clients, piochées sur des étagères de fortune. Un petit bois de passion lente brûlait en lui. "


Patrick Cloux a tant à nous dire qu'il sera notre invité Samedi 24 novembre 2018, à 15h. Outre Mes oncles du dimanche, il évoquera Au grand comptoir des Halles, qui paraît chez Actes Sud. 



>> Patrick Cloux, Mes oncles du dimanche, Le Temps qu'il fait, 254 pages, 21 € et Au grand comptoir des Halles, Actes Sud, 334 pages, 22 €

mercredi 24 octobre 2018

La langue en 2018

Succédant à l'excellent Mes pas vont ailleurs, de Jean-Luc Coatalem, en 2017, Idiotie vient de valoir le prix de la langue française 2018 à Pierre Guyotat
Et, de fait, cet écrit (un roman autobiographique ?), quoi qu'il se propose de dire, dans quelque sphère de la subjectivité qu'il se propose de mener le lecteur, à quelque époque de la vie de son auteur qu'il se rapporte, se distingue bel et bien par son écriture, par sa langue. 
Et sans doute n'est-ce pas la seule virtuosité, la seule maîtrise technique qui le hisse à cette qualité littéraire : on trouve de nombreux livres " bien écrits ", des livres incontestablement
" bien ficelés " sur l'étal du libraire en ce mois d'octobre et toujours. 
Ce sont les livres portés par une nécessité, vertu mystérieuse entre toutes, vertu changeante aussi pour un même créateur, qui atteignent ce point. Qu'ils nous parlent des grands thèmes de l'humanité ; de l'existence ou de l'inexistence de Dieu. Ou de la cheville que le romancier se tordit en sortant de chez lui, l'autre jour.


> Pierre Guyotat, Idiotie, Grasset, 256 pages, 19 €

dimanche 21 octobre 2018

Où est la librairie intelligente ?

Une librairie sans libraires a ouvert ses portes le 18 à Shenzhen, une ville du sud-est de la Chine.

Présentée comme "la plus grande librairie intelligente du monde", cette chose s’étend sur une surface de 178m2 et est ouverte 24 heures sur 24. Sa particularité ?  Miser uniquement sur la technologie pour satisfaire les besoins de ses clients, hors de l'humain.
A cette anti-librairie absolue, opposons La Librairie de tous les possibles, de l'auteur japonais Shinsuke Yoshitake. Elle est cornaquée par un petit libraire marrant et aux ressources illimitées.
Celle-là est la vraie librairie intelligente.

> Shinsuke Yoshitake, La Librairie de tous les possibles, Milan, 104 pages, 13,90 €


mardi 16 octobre 2018

La romancière et son éditrice

>  A vos agendas !
Clarence Boulay
et Sabine Wespieser
seront des nôtres le 26 octobre prochain, à 18 h.
 Il est encore temps de découvrir
Tristan
le Prix des Lecteurs A la Page 2018
avant de venir rencontrer la romancière et son éditrice.
.

*

dimanche 14 octobre 2018

Une histoire d'araignée

Le libraire ayant un peu de suite dans les idées ne laisse pas tomber la collection De Natura Rerum des éditions Klincksieck. En tous cas, pas à cause d'une araignée. Une araignée de rien du tout. Une araignée même pas peur. Le libraire n'est pas arachnophobe et il a même trouvé dans la jolie évocation de Dominque Jacobs de quoi développer une arachnophilie minimale.
" La soie, matière luxueuse, ne coûte rien à fabriquer. Les ouvrières ne comptent pas leurs heures de travail. Une toile d'épeire bien construite vous offrira deux spectacles par jour l'été, matin et soir, mais il faudra vous lever tôt. Pour s'en mettre plein les yeux, rien ne vaut un étang ou une tourbière bordant une pâture à vache, comme on en trouve un peu partout dans l'est et le nord de la France. "
Le ton de l'auteur est enjoué, à bonne distance d'un sujet qui pourrait être aussi empoisonnant que le venin d'une veuve noire. Ou vous " ficher une trouille bleue ", comme ces sculptures d'araignées de neuf mètres de haut que Louise Bourgeois mit entre les pattes des promeneurs dans le jardin des Tuileries et à Beaubourg.
Baudelaire, Colette et Georges Brassens sont également convoqués. Il y a pire. Bien pire, fût-ce en cette rentrée de toutes les littératures.



> Dominique Jacobs, Splendeurs de l'araignée, préface de Christine Rollard, illustrations de Vincent Gavériaux, Klincksieck, 110 pages, 13,90 €

vendredi 5 octobre 2018

Miró d'hier et d'aujourd'hui

Pour tout savoir (ou presque) sur Miró, ce petit dictionnaire est utile. Outre ses assemblages et ses objets, moins connus que ses toiles, on y découvrira Miró avant qu'il soit Miró, c'est-à-dire avant les années 1920, avec de nettes traces figuratives.
Placé sous le signe du jeu, du rêve et du réenchantement; l'univers de Miró a inspiré à André Breton les surprenants textes accompagnant Les Constellations. Le peintre "catalan international " fut tout ébaubi d'ouïr ce qu'il avait inspiré à l'hôte de la rue Fontaine
Les bleus de Miró sont presque aussi familiers que ceux d'Yves Klein. Mais les fonds de ses tableaux ne sont pas moins dignes d'attention.
Ce livre accompagne la grande rétrospective Miró qui commence au Grand palais, à Paris.

> Dictionnaire Miró, Réunion des Musées Nationaux, 120 pages, 13,50 €

lundi 1 octobre 2018

Samedi BD (32)

Telle fut (une partie de) la sélection de Gabrielle
en ce trente-deuxième SAMEDI BD

Catherine Meurisse, Les Grands espaces, Dargaud, 19,99 €

Burniat, Martinez,Une mémoire de roi, premier parallèle, 20 €


Birmant, Oubrerie, Meurtre en Abyssinie, Dargaud, 14,99 €

Olivier Pont, Bouts d'ficelles, Dargaud, 18 €

Vincent Perriot, Negalyod, Casterman, 25 €
 

vendredi 28 septembre 2018

Lecteurs incorrigibles de 15 à 25 ans



Le Prix des incorrigibles est destiné aux lecteurs impénitents de 15 à 25 ans.
Bibliothécaires et documentalistes ont déniché 8 titres pour cette 6e édition du prix.
Mais incorrigibles, impénitents, irrécupérables ou indécrottables deux dates et deux adresses sont à retenir si vous voulez devenir juré :

Jeudi 4 octobre à 17h30 : Présentation de la sélection des Incorrigibles 2018-2019
Lycées Albert-Londres - Boulevard du 8 mai 1945 - 03300 CUSSET

Jeudi 29 novembre à 17h30 : Rencontre autour des livres de la sélection 2018-2019
Lycées Saint-Pierre - 26, allée Pierre Berthomier - 03300 CUSSET
Le Prix des incorrigibles est co-organisé par les médiathèques de Vichy et Cusset et les centres de documentation de 3 lycées : Lycée V. Larbaud, Lycée A. Londres et Lycée Privé d’ Enseignement Supérieur.

samedi 22 septembre 2018

Nouvelles de Californie

Dans ce recueil d'articles  qui " rassemble quarante ans de pensée et d'écrits ", le lecteur français d'aujourd'hui découvrira ce que pouvait produire de plus spécifique et profondément vécu au long de sa vie, un poète-essayiste-garde forestier-beatnick-bouddhiste-chaman et écologiste vivant au XXe siècle outre-Atlantique.
Bien que le bandeau de son éditeur fasse de lui une " légende vivante ", le nom de Gary Snyder est resté moins souvent prononcé que ceux d'Allen Ginberg et de Jack Kerouac dans l'univers médiatique, dont il a su rester à l'écart. Ses écrits ont pour eux la cohérence, le discrétion et la précision. 
On peut s'y reporter pour comprendre et mettre en perspective une partie de l'influence qu'exerce la culture américaine et, spécialement californienne, depuis plusieurs générations, sur celle de l'Europe de l'Ouest.



 > Gary Snyder, Le Sens des lieux, traduit de l'anglais (américain) par Christophe Roncato Tounsi, Editions Wildproject (en néo-français dans le texte), 276 pages, 22 €

mardi 18 septembre 2018

" Lions nos pages " en septembre 2018

Un communiqué du cercle de lecture
en cette rentrée 2018 :

Chères amies lectrices, chers amis lecteurs,

Le dernier samedi du mois, la librairie A la Page 
nous accueille pour la réunion du cercle de lecture  
" Lions nos pages "
 
Chacun vient avec un ou deux livres récemment 
découverts (ou relus) qu'il a aimés et nous fait 
partager son enthousiasme. 
 
On peut également venir simplement pour écouter...Nous vous attendons :

          Samedi 29 septembre 2018
          à 14 heures
          à la librairie A la Page
          5, rue Sornin
          03200 Vichy

Avec toute notre fraternité littéraire


Toutes les formes de lectures sont permises et, même,
encouragées.
N'est-ce pas Frédéric Forte ?

vendredi 14 septembre 2018

Ayez l'oeil

A trop servir, les images s'usent. La vue publique est saturée. D'où le besoin de nouveauté. 
Ou le besoin de prendre du champ -- au besoin dans les champs.
Il n'est pas exagéré de dire que Mucha (Alphonse de son prénom) était beaucoup vu. En affiches, en cartes postales, en calendriers... L'oeil demandait du repos. Il fut exaucé ces dernières années, de sorte que l'on peut de nouveau ouvrir ses yeux sur l'artiste tchèque (1860-1939) et sur le catalogue de l'exposition qui lui est consacrée à Paris, au musée du Luxembourg.


> Catalogue de l'exposition Mucha, Réunion des Musées Nationaux, 248 pages, 35 €

Jakuchu (1716-1800) est un artiste japonais sur lequel peu de monde en France avait jusqu'ici ouvert les yeux. On le découvre ces temps-ci. Pas de risque de saturation visuelle avec ses compositions qui nous font voir la nature comme rarement on la voit. " Le Royaume des êtres colorés " est le titre donné aux trente rouleaux de soie somptueusement offert à notre regard.
C'est un ensemble qui comble notre besoin de vision.


> Le Royaume coloré des êtres vivants, sous la direction de Manuela Moscatiello
et Aya Ôta, Paris Musées, 152 pages, 29,90 €

lundi 3 septembre 2018

Sentiments fraternels

" Comment naît une amitié ? Nul n'en sait rien. Mais il y a entre nous, dès le départ, quelque chose d'animé et de vif. Ce n'est pas de l'ordre du principe rationnel, d'une intellection ou d'un calcul. Cela ne repose sur aucun raisonnement, mais sur une expérience intuitive -- physique et intellectuelle à la fois -- de cette présence si particulière. (...) Regardez vos amis. Interrogez leurs gestes,leurs mouvements, leurs atomes. Lisez sur leur lèvres, feuilletez leur peau, déchiffrez leur teint. Pénétrez leur visage et imaginez leurs poumons. Intéressez-vous à leur système nerveux. Ecoutez leur pouls. Sachez faire parler leurs muscles, leurs tendons. Epelez patiemment toutes les nuances de leur santé, de leur humeur, leur complexion. Alors, peut-être, vous approcherez tout en douceur du grand mystère. "
 Dans François, portrait d'un absent, Michaël Ferrier renoue avec un thème injustement passé au second plan dans les romans et les récits ces derniers temps. Il entreprend de réparer cet oubli dans un livre-hommage à l'un de ses amis disparu. Un bel éloge fraternel au cinéaste et homme de radio François Christophe, victime, avec sa fille, d'un accident de nyade. Ensemble, ils avaient formé un "tandem", comme l'écrit bien Michaël Ferrier qui ne manque pas de rappeler la si belle phrase d'Isidore Ducasse, comte de Lautréamont : " Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort."

> Michaël Ferrier, François, portrait d'un absent, L'Infini/ Gallimard, 236 pages, 20 €

lundi 27 août 2018

Différons la rentrée


          
Certes, certes ! Mais, allez, encore un petit pas de côté ! Le libraire a gardé sur sa table des lectures de vacances, c'est-à-dire buissonnières.
Comme celle-ci :
" Ils continuèrent donc leurs descente, et avant longtemps ils furent accueillis en la vallée par le vif torrent qui surgissait de la falaise. Ils guéèrent, et parvinrent à l'agréable pelouse à l'ombre des grands arbres. Entre les premiers troncs s'élevait une petite maison de torchis, au toit de chaume de roseau. Ce fut là, sur un geste du chevalier, qu'ils mirent pied à terre. "

Ainsi va l'histoire que conte William Morris (1834-1896), poète, conférencier, grand admirateur de l'âge médiéval (précédemment salué par le libraire) dans Le Lac aux îles enchantées. Nulle niaiserie dans ces personnages, Petite-Grive, la dame, le chevalier, les sorcières. Mais du Merveilleux du meilleur aloi. De la courtoisie, au sens vrai du terme. Des sentiments surannés.Une langue d'un autre Temps. Un bel oubli du nôtre.

William Morris; Le Lac aux îles enchantées, traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Francis Guévremont, Aux Forges de Vulcain, 400 pages, 20 €
 




lundi 6 août 2018

Les jeunes campagnes de Patrick Cloux

Patrick Cloux, Mes oncles du dimanche,
Le Temps qu'il fait, 256 pages, 21 €

A lire le résumé qui annonce sa parution, le libraire ne se tient plus de découvrir le prochain livre de Patrick Cloux :

" Fidèle à une méthode éprouvée dans ses livres précédents, l'auteur examine différentes manifestations de l'art à la lumière de souvenirs de sa jeunesse, évoquant une enfance démunie dont l'art et la littérature sont venus combler les manques affectifs. En "nostalgique de l'avenir", c'est à la "création libre des couches populaires" qu'il s'intéresse principalement, à quelques naïfs, à divers singuliers, bruts répertoriés comme bricoleurs oubliés qu'il entasse dans sa brocante imaginaire, son insolence stimulée par l'insolite et son goût du coq à l'âne bousculant les "conventions esthétiques". Sa rêverie buissonnière nous invite ainsi à un inspirant dimanche à la campagne. "

Qu'ils arrivent vite sur l'étal du libraire ces Oncles du dimanche !

samedi 28 juillet 2018

Les nourritures terrestres de Christine Flament

Christine Flament, Ces paysans qui nous nourrissent,
Des ronds dans l'O, 18 €
L'auteur et illustratrice d'albums jeunesse et de carnets de voyage, Christine Flament, publie Ces paysans qui nous nourrissent, dans la bien nommée collection Respire, des éditions Des ronds dans l'O.
Ce livre aquarellé est le fruit des nombreuses rencontres qu'elle a faites en sillonnant le massif que l'on dit central, depuis Châteldon, à un jet de pierre de Vichy, où elle a son atelier, jusqu'au mont Aigoual et au Larzac. Et même en Côte d'or et dans le Nord.
Entrepreneurs forestiers, éleveurs de vaches allaitantes, maraîchers bio, ou le tout à la fois, Sylvie, Marie-Pierre, Olivier et les autres se battent comme de beaux diables pour mener une vie décente et offrir des produits de bonne qualité. Tandis que Messieurs OGM et Round Up rôdent dans tous les coins. Plus insidieux que la martre et le renard qui mettent la pagaïe dans les granges et les poulaillers.
Il y a quelque temps déjà, Christine Flament avait mené l'enquête, tout aussi aquarellée auprès de Berthe Morisot. A Paris, cette fois, et pour les enfants de 8-12 ans.
Christine Flament, Des violettes pour Berthe Morisot,
Ecole des lmoisirs, 48 pages, 12,70 €

vendredi 20 juillet 2018

SAMEDI BD : le dernier de la saison

Pour le dernier SAMEDI BD de la saison, Esilda a notamment choisi :
 
Joann Sfar, Aspirine, Rue de Sèvres,
140 pages, 16 €

Cyril Bonin, Presque maintenant, Futuropolis,
72 pages, 17 €


Zidrou et Aimée de Jongh,
L'obsolescence programmée de nos sentiments,
Dargaud, 144 pages, 19,99 €
 
Sylvie Gaillard, Frank Woodbridge, Kolonel Chabert,
Inversion, Grand Angle, 80 pages, 16,90 €


Cédric Villani; Baudoin, Ballade pour un bébé robot,
Gallimard, 232 pages, 24 €
 

samedi 7 juillet 2018

Prix Goupil : ils ont voté !

Claire Renaud, Les Quatre gars,
Sarbacane, 229 pages, 15,50 €
Décidément, cette année, la vie sur les îles rencontre le succès auprès des lecteurs de Vichy.
Après Tristan (Sabine Wespieser éditeur), prix du jury du rayon adultes, voici que Les Quatre gars (éditions Sarbacane) l'emporte au rayon des jeunes lecteurs.
Claire Renaud, et son roman qui se déroule sur l'île de Noirmoutier, rejoint donc Clarence Boulay, et ses îliens loin de tout au monde sur l'île de Tristan da Cunha.
Belle coïncidence, beau parallèle.
Nous en reparlerons.


Clarence Boulay, Tristan, Sabine Wespieser éditeur,
188 pages, 18 €

vendredi 6 juillet 2018

La fête à Pessoa

Fernando Pessoa, Je(ux). Petite anthologie, illustrations
de Ghislaine Herbéra, traduction de Patrick Quillier,
Chandeigne, 88 pages, 14 €
" Bas les masques… Qui est-il,  Fernando Pessoa ? On dit de lui qu'il est le plus grand auteur portugais, l'un des poètes les plus universels que l'Europe a connu au XXe siècle. Mais que sait-on de cet écrivain aux multiples talents ", interroge Joanna Cameira Gomes dans la postface de cette délicieuse mini-anthologie poétique.
L'idée qui a présidé à la confection de cet
" album ", où les illustrations de Ghislaine Herbéra se mêlent aux mots facétieux et nostalgiques du poète, est celle de l'enfance. C'est à l'enfance qu'il est demandé de nous révéler le " vrai " Pessoa. Derrière les différentes identités littéraires qu'il s'était donné. Derrière ses masques, son théâtre et ses feintes. Derrière son mentir vrai.
Et c'est dans ce pays de l'âge tendre qu'il se retrouve lui-même, plus vrai que jamais. Ecoutons-le un instant. De toute notre imagination :

" Jouant avec un jockey jaune, un chien vert
Et un cheval bleu qui apparaît par-dessus le mur
De mon jardin… Et la musique lance des balles
A mon enfance… Et le mur du jardin
     est fait de mouvements
De baguette, et de confuses rotations
     de chiens verts,
De chevaux bleus et de jockeys jaunes… "

N'est-il pas vivant ?
Un autre moyen de rejoindre Pessoa nous est donné avec Fragments d'un voyage immobile. Il s'agit, cette fois, d'un recueil de citations puisées dans la malle laissée par " l'homme aux masques ". L'esprit d'enfance n'y est certainement pas absent ; ni celle d'imagination et de rêve, qui ne sauraient toutefois épuiser le tout de l'homme et de son œuvre. Un long essai d'Octavio Paz (1914-1998), le poète et théoricien mexicain, précède le choix des textes, republié chez Rivages.

Fernando Pessoa, Fragments d'un voyage
immobile, choix et traduction de Rémy Hourcade,
Rivages poche, 125 pages, 6,60 €





jeudi 5 juillet 2018

Georges-Emmanuel Clancier

L'auteur du Pain noir (un succès tel qu'il fit de l'ombre au reste abondamment poétique de son œuvre) vint régulièrement à Vichy au titre de membre du prix Valery Larbaud.
 
Georges-Emmanuel Clancier vient de décéder.
Il était âgé de cent et quatre ans.
 
 
 

dimanche 1 juillet 2018

Montaigne présent

Bernard Bourrit, Montaigne, pensées frivoles et
vaines écorces, Le Temps qu'il fait, 230 pages, 23 €
" Le propre de la rêverie est de n'avoir ni corps ni suject. Elle s'enclenche sans cause, du moins sans cause externe. Spontanément cet élan agite, chatouill[e], réjouit l'âme, ou au contraire l'embrouille. Ce flux interne de pensées, sustenté d'inanité, alimenté d'ombres, crée pourtant bien des remous sur les visages : ce sont les grimaces estonnees, riardes, confuses, les éclats de voix ou les soubresauts des membres qu'émet l'homme seul quand il songe. Hanté par des visions fauces, cet homme-là negocie, dirait-on, avec son demon."

Dirons-nous gloses ? Explications ? Paraphrases ? Bernard Bourrit s'est incorporé l'esprit de Montaigne au point que tout ce qu'il en extrait est d'un parfait naturel. Les italiques abondants dans son texte pourvoient au rythme de la pensée. Ils soulignent, en outre, la saveur que présente pour nous une orthographe en allée, légèrement étrangère : à l'esquart.
Re-pensant ainsi Montaigne à sa guise (il ne cherche pas à dire tout Montaigne ; mais tout ce qu'il en dit est authentique), il lui est fidèle à s'y méprendre.

lundi 25 juin 2018

De la délicatesse

Henri Cole, Paris-Orphée, traduit de l'anglais
(Etats-Unis) par Claire Malroux,
La Bruit du temps, 176 pages,  19 €
La délicatesse est une qualité en pleine
régression dans notre monde, songeait tris-
tement le libraire. Lorsqu'il tomba sur ces lignes, consignées par le poète américain 
Henri Cole :

" Comme moi, la panthère est une voyageuse solitaire et sa déplace à pas lents, ainsi qu'il m'arrive de le faire, avec une mélancolique intensité. Puis, soudain, elle ouvre ses yeux magnifiques et le monde la transperce :

Parfois, se lève le rideau des pupilles
sans bruit. Une image y pénètre,
parcourt le silence tendu des membres
et arrivant au cœur, s'évanouit.*

Dans son essai sur Auguste Rodin, poursuit Henri Cole, Rilke décrit les visites que le sculpteur effectuait très tôt le matin au jardin des Plantes pour dessiner les animaux endormis.
Plus tard, dans son atelier, rue de l'Université,
il observe le petit moulage antique d'un chat sauvage que celui-ci chérissait : " Il y a un moulage de panthère, de facture grecque, de la taille d'une main à peine… Si on regarde de face l'espace formé sous son corps par ses quatre fortes pattes, on a l'impression de contempler les profondeurs d'un temple de pierre indien, tant cette œuvre prend des proportions immenses et globales. "

Une mélancolique intensité, des yeux magnifiques, cette représentation d'un chat sauvage que l'on chérit, ce temple indien... Il y a donc place pour la délicatesse, et pour la grâce, se dit, un instant rassuré, le libraire.


* Poème de Rainer Maria Rilke, dans une traduction de Lorand Gaspar.



dimanche 24 juin 2018

Le prix des Lecteurs A la Page 2018 est désigné !


Le jury du Prix des Lecteurs A la Page a donné son avis, vendredi soir : Tristan, de Clarence Boulay, édité par Sabine Wespieser est son choix.
Ce premier roman succède à celui de Bérengère CournutNée contente à Oraibi et, comme celui-ci, nous entraîne loin des bases géographiques qui sont les nôtres. En plein Atlantique sud, dans un grand vide océanique où se situe l'archipel dont Tristan da Cunha (200 habitants et quelques) est l'île principale.
 L'expérience de la narratrice est authentifiée par le séjour de Clarence Boulay elle-même qui a passé huit mois à Tristan réputée l'île la plus éloignée qui soit des hommes.

Voici ce que Clarence Boulay a déclaré  sur France Culture à propos de son roman : 
J’ai voulu faire l’usage de cette distance, éprouver comment ça se passe sensiblement,       corporellement, intellectuellement d’aller vers ce point-là.  Et qu’est-ce qu'il se passe, quand notre centre, le continent, devient alors périphérie. J’ai voulu comprendre en inversant les choses. Ida se pose aussi parfois en ethnologue dans sa volonté de comprendre. Est-ce qu’on peut dissocier le scientifique de l’intime ? L’observation participante de la relation amoureuse ? Car c’est à travers ces moments d’intimité qu’Ida va vraiment comprendre les enjeux de la communauté, enjeux moraux, familiaux, d’organisation, à travers le discours de Saul.
 

mercredi 20 juin 2018

Dernières nouvelles du franglais

Michel Serres er Michel Polacco, Défense et
illustration de la langue française aujourd'hui,
Le Pommier/ France Info, 128 pages, 9 €
"  Voici une règle simple : dès lors que nous importons un objet nouveau  ou une conduite nouvelle, c'est positivement enrichir la langue qu'adopter le mot qu'on importe à ce moment-là. Le français s'est enrichi de mots arabes : " algèbre" , "algorithme", " tarif" ; de mots italiens, à la Renaissance : "fourchette", "sonate" ; même de mots aztèques : " haricot". Alors la langue s'enrichit. Mais c'est l'appauvrir que de substituer à un mot français déjà existant un mot anglais. Par exemple City Radio me scandalise : Radio Cité eut bien fait l'affaire. Pourquoi les sportifs disent-ils "Top 16", et non pas "première division" ? Pourquoi veulent-ils avoir des coaches plutôt que des entraîneurs ? (...° Pour mieux l'asservir, un occupant éradique toujours la langue du vaincu. Ainsi firent les Romains en Gaule, ainsi firent les Russes en Pologne... Il y a aujourd'hui, sur les murs de Paris, plus de mots anglais qu'il n'y avait de mots allemands pendant l'Occupation. Où sont donc les troupes d'occupation  ? Qui sont donc les collabos ?  "

Michel Serres et Michel Polacco
 
 
Le chef-d'œuvre indépassé de George Orwell, 1984, vient de reparaître dans une nouvelle traduction. Orwell en connaissait un rayon en matière d'appauvrissement des langues (puisqu'aussi bien le français n'est pas la seule langue concernée). On méditera l'appendice du roman, où Orwell expose les bases de la novlangue (devenue néoparler dans la nouvelle version).
George Orwell, 1984, traduit de l'anglais par
Josée Kamoun, 371 pages, 21 €
 

 

samedi 16 juin 2018

Loup y es-tu ? (suite)

Elli H. Radinger, La Sagesse des loups,
traduit de l'allemand par Dider Debord,
Guy Trédaniel, 277 pages, 18 €
Il s'était taillé une très, très mauvaise réputation en croquant chaperons rouges,  quelques mères grands et de nombreuses brebis. Ce qui, à vrai dire, lui colle encore aux baskets.
Mais voici que le loup, depuis quelque temps, de même que l'ours, occupe l'imagination naturelle des civilisés de façon plus positive. Le libraire a déjà signalé cette évolution ici : http://alapagevichy.blogspot.com/2017/09/du-rififi-chez-les-loups.html
Mais les choses n'en restent pas là. Témoins deux livres consacrés à cette belle bête. Elli H. Radinger, avec La Sagesse des loups (après celle des arbres, des marcassins et des champignons…) n'y va pas de main morte. " Les loups m'accordent le privilège de partager leur vie ", dit-elle. Et ce n'est pas nécessairement ce genre de proclamation légèrement commerciale et sentimentalement anthropocentrique dont le public en quête de connaissances a besoin.
Jean Marc Landry publie, pour sa part, un ouvrage de nature encyclopédique, plus conforme à cette attente. On y trouve de l'information sur les origines de l'espèce, son adaptation au milieu, sa répartition dans le monde, son mode de vie en groupe, ses pratiques de chasse. Et sur ses rapports, disons : malaisés avec le genre humain. Les illustrations abondantes complètent agréablement un portrait qui se veut équilibré en "ni ange ni démon".
Jean-Marc-Landry, Le Loup, Delachaux Niestlé,
368 pages, 29 €