dimanche 19 novembre 2017

Les pas mènent à Segalen

Jean-Luc Coatalem, Mes pas vont ailleurs,
Stock, 280 pages, 19,50 €
Les " biofictions " (à savoir les fictions littéraires en forme de biographie) sont tendance.
Le livre que vient de consacrer Jean-Luc Coatalem au voyageur, archéologue, essayiste et poète Victor Segalen (1878-1919) ne s'apparente pas véritablement à cette catégorie d'écrits. C'est plutôt du côté de l'essai qu'il incline (ce que confirme le Prix Femina essai qu'il vient de recevoir).
L'admiration que conçoit Jean-Luc Coatalem pour l'auteur de René Leys n'est pas dissimulée derrière un langage et un apparat académiques propres à glacer le lecteur. Elle ne se départit pas non plus de la distance nécessaire envers son sujet, et sait ainsi éviter les ornières de l'indentification. Chaleureux, érudit sans affichage intempestif, Mes pas vont ailleurs nous guide assurément vers le cœur de l'univers de Victor Segalen
Médecin, sinologue, goncourable en 1907 pour les Immémoriaux, le grand public tarde à découvrir ce dernier, même en cette année où l'on célèbre Gauguin dont il fut l'interprète passionné dès 1904 et dont il sauva maintes œuvres de la destruction et de l'oubli : " Gauguin fut un monstre, écrivait Segalen. C’est-à-dire qu’on ne peut le faire entrer dans aucune des catégories morales, intellectuelles ou sociales, qui suffisent à définir la plupart des individualités. Pour la foule, juger c’est étiqueter. On peut être honorable-négociant, magistrat-intègre, peintre-de-talent, pauvre-et-honnête, jeune-fille-bien-élevée ; on peut être « artiste », voire « grand artiste ». Mais c’est déjà moins permis, et il est impardonnable d’être autre chose que tout cela ; car il manquerait, pour être classé, le cliché requis. " (" Gauguin dans son dernier décor")
Archéologue brillant, arpenteur et poète de la Chine, Segalen a théorisé l'exotisme ou " l'amour des autres mondes " et a soupiré après la perte de ce qu'il appelait le Divers dans l'espace, le temps, les plantes, les animaux et les espèces humaines. Aussi fin linguiste que piètre mari, Segalen mourut précocement et les raisons de sa mort restent sujettes à interprétations.

Le libraire opine que René Leys, Les immémoriaux, cités plus haut, et Stèles devraient remplir les bagages du lecteur-voyageur d'aujourd'hui.

Victor Segalen, Les Immémoriaux,
Livre de poche, 316 pages, 5,60 €

 


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