jeudi 23 novembre 2017

Ella et Pitr Dada

                                                           Cette image ne donne qu'une faible mesure des fresques réalisées par Ella et Pitr : elles peuvent atteindre des dimensions improbables, comme celle réalisée sur... la pelouse du stade Geoffroy Guichard, à Saint-Etienne. D'autres fois, elles occupent l'espace d'un grand panneau publicitaire, où viennent s'encadrer, se blottir, se tasser des personnages aux yeux souvent fermés -- sur quel monde intérieur ? A Chicago, sur un pan de mur de brique, l'un deux s'est affaissé, coincé dans ce cadre immense : un fêtard, pantin ridicule qui vient de se faire mettre à la porte par sa compagne ; il est à-demi nu, une paire de chaussures rouges et féminines sur la tête... A Montréal, sur un toit qu'il recouvre entièrement et  jouxtant une voie ferrée, on dirait que celui-ci s'est endormi, une couronne incertaine au-dessus de la tête, pauvre pantin tombé d'où, après quelle avanie ?
Cette iconographie pour aujourd'hui se trouve dans Ella et Pitr. Comme des fourmis, que publient les éditions Alternatives, le livre le plus complet sans doute qui leur ait été réservé jusqu'à maintenant.
L'iconographie Dada se trouve bien représentée dans Dada Africa, qui accompagne l'exposition du même nom au musée de l'Orangerie, à Paris. Les promoteurs de ce grand bazar moral et artistique que fut Dada ( les Tristan Tzara, Raoul Hausmann, Hans Richter, Sophie Taeuber, au début, Hans Arp) seraient peut-être les premiers surpris que l'on honore les 101 ans de leur festival de provocations. Ici, il s'agit essentiellement de montrer à quelles sources primitives ils allèrent se consoler et se renforcer après la grande démoralisation de la Première Guerre mondiale. Qu'on ironise ou non, leurs extériorisations, qui prirent les formes de la typographie, du masque, du costume, de la danse, de la sculpture, du poème sonore, du photo-montage ont conservé une vitalité explosive.

Dada Africa,
Hazan, 224 pages, 32 €

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