dimanche 16 octobre 2016

Le retour au pays natal de Sylvain Tesson



Sylain Tesson, Sur les chemins noirs,
Gallimard, 142 pages, 15 €
" J'avais bu pour la vie au cours de ces dernières années, noyé des caravanes de souvenirs dans des gués de vodka. A présent : fini ! Le robinet magique était fermé. ", s'exclame Sylvain Tesson dans l'avant-propos de son dernier récit.
Alors, du Sud vers le Nord, du Mercantour au Cotentin, en traversant le Massif central et en épousant une diagonale (inverse de celle de Jacques Lacarrière, parti un jour des Vosges pour atteindre les Corbières), il prit la poudre d'escampette.
Mais cette fois, foin de Sibérie et de l' Axe du loupTesson résolut de partir au bout du monde... près de chez lui -- par comparaison avec les étendues de glace du Baïkal. "Si je m'en sors, je traverse la France à pied ! ", s'était-il juré sur son lit d'hôpital, après sa chute accidentelle et le traumatisme crânien qui en était résulté.
Il emprunta les chemins inconnus encore des foules, sinon des vadrouilleurs et de quelques ermites de  " l'hyper-ruralité ". " Je voulais m'en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. "
Finie la wilderness, que viva les proches déserts !
Pourvu qu'on leur fiche longtemps la paix, à ces sentiers, à ces hameaux à ces pierres de derrière le décor fait par les grands axes, les grandes surfaces, les grands urbanistes, les grandes vitesses, les grands couplets !
Observer les nuages, est le " plus pieux métier du monde ", conclut joliment Sylvain Tesson de sa traversée française qui croise, en Auvergne, la célèbre " diagonale du vide ". Il existe des interstices. Cette perspective sourit au libraire.

Sur l'esprit qui habite les villages montagnards (particulièrement de la Margeride et du Forez, légèrement à l'est du trajet suivi par Sylvain Tesson), le libraire recommande les travaux de l'ethnologue Martin de la Soudière.
 Peu ont su si bien donner à sentir l'atmosphère des sous-bois et la vie contemporaine des hyper-ruraux, les héros de ces endroits écartés.
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Martin de la Soudière, Poétique du village,
Stock, 270 pages, 24 €


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