mardi 18 octobre 2016

Une enfance à Majorque

José Calos Llop, Solstice, traduit de l'espagnol
par Edmond Raillard, Jacqueline Chambon,
128 pages, 15 €
Les récits d'enfance (ou les romans évoquant cette période de la vie) seraient-ils en train de rentrer en grâce auprès des éditeurs ? Plusieurs signes le laissent penser, comme l'excellent Solstice du Majorquin José Carlos Llop, dont Jacqueline Chambon avait déjà publié Le Rapport Stein dans lequel le passé et l'autobiographie prenaient tout leur poids.
Dans Solstice, qui relate les étés passés par un enfant avec sa famille sur une île des Baléares dans les années 1960, les réminiscences sont chargées de tant de précision et de vie qu'il est difficile de penser que le " je " du narrateur ne soit pas inspiré par celui de l'auteur. Que Llop soit, par ailleurs, poète ne nous surprendra pas tant son langage a de directe justesse -- ce qui ne l'écarte nullement de l'expression ordinaire des gens ordinaires. Plutôt que d'une recherche d'originalité à tout prix, la force de ses mots  procède d'une intensité du vécu, dont l'enfance est une période généralement exemplaire, et remémorée à un stade de l'existence qui permet d'en maîtriser le récit.
Le libraire a trouvé que le septième chapitre du livre, intitulé Elle, était l'un des plus touchants du livre. " Un été, elle glisse et tombe douloureusement sur le derrière. Nous rentrons à la maison en la portant, comme une reine antique, dit-elle, se moquant d'elle-même et dissimulant sa douleur pour ne pas nous alarmer. Je ne me rappelle pas comment nous nous débrouillons pendant plusieurs jours sans elle, comment nous mangeons, mais je sais qu'elle se remet et qu'elle recommence à se baigner tous les matins. et à se promener tous les soirs. Sa vitalité est infinie, comme son sens de l'humour : elles n'a jamais l'air fatiguée, elle ne l'est jamais, ou bien elle le cache. On ne l'entend jamais se plaindre; pas même de la chaleur qui est d'une rigueur africaine. Elle est gaie comme ses robes imprimées de fleurs ou de dessins géométriques, comme les foulards qu'elle se met sur la tête les jours où il y a du vent, comme son rire qui est vraiment en cristal (...) "
Elle, naturellement, est la mère du narrateur.
Solstice fut rédigé en castillan, et non en catalan (petite trahison de l'enfance ?), langue que l'on parle à Majorque. Le roman (puisque ce terme figure en sous-titre de l'œuvre) peut également se lire comme une ode en prose à la Méditerranée, des côtes catalanes à Hydra et aux rives dalmates.

José Carlos Llop, Le Rapport Stein,
traduit de l'espagnol par
Edmond Raillard, Babel, 112 pages, 6,80 €

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