mardi 22 août 2017

Ron Rash, Eugene, son frère et la sirène

Ron Rash, Par le vent pleuré, traduit de l'anglais
(Etats-Unis) par Isabelle Reinharez,
Seuil, 200 pages, 19,50 €
Les années 1960, encore, constituent la toile de fond du dernier roman de Ron Rash . Dans les Appalaches, en Caroline du nord, deux jeunes frères, sous la férule du grand-père qui a charge de leur éducation, mènent vie tranquille et droite.
L'apparition d'une jeune étudiante, moderne et séduisante, une " sirène " rencontrée au bord de la rivière, va faire basculer leur destin. Ils sont des provinciaux, un rien patauds, craignant plutôt que respectant l'ordre familial, quand Ligeia introduit la modernité dans leur existence. William se rêve en chirurgien et Eugene qui, à seize ans ne se voit qu'en écrivain. Mais musique, drogue, alcool, sexe libéré, rébellion, les deux frères, surtout Eugene, le cadet, vont se laisser envoûter. Leurs deux existences se sépareront dans le succès professionnel de l'un et la ruine alcoolisée de l'autre. 
Ron Rash fait preuve d'un sens consommé de l'intrigue et, en outre, renouvelle le thème des deux frères ou compagnons (amis et ennemis) qui jalonne la littérature américaine depuis Des souris et des hommes jusqu'aux Frères Sisters de Patrick deWitt. Et la littérature mondiale depuis Abel et Caïn. A quoi s'ajoute ici le mythe de la femme tentatrice.
Le très beau titre français retenu par la traductrice est une citation du grand romancier Thomas Wolfe (1900-1938) extraite de Que l'ange regarde de ce côté (1929). Il exprime à la perfection l'atmosphère de ce roman et la déréliction d'Eugene, hanté par un passé dont il ne connaît plus les contours. Il admira Wolfe, la sirène et les Doors pourrait être son épitaphe.
 


 

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