jeudi 12 mai 2016

Deux éloges de la montagne

Erri De Luca, Le Plus et le moins,
traduit de l'italien par Danièle Valin,
Gallimard, 200 pages, 14,50 €
" Blanc est le titre donné au mont, nom de celui qui le repère
de loin. Si l'on pénètre dans les glaciers, on le voit strié de
crevasses noires, comme la livrée du tigre. Le granit des parois est une peau d'aubergine frite. Le son d'avalanches
cadencées est la respiration amplifiée d'un vieil homme
qui ronfle en plein jour et fait penser au vin qu'il avale
d'un trait et décharge dans son sommeil.
Le ciel est une lame sous la meule d'un aiguiseur qui
l'actionne au pied et en tire des étincelles. On est dans le Blanc
et rien ne le rappelle, pas même le névé qu'on écrase et pétrit,
au contraire il évoque le raisin d'une vendange lointaine
les pieds nus. "
 
-- Erri De Luca, Le Plus et le moins

      " La face nord des Grandes Jorasses ?
Elle est difficile et  surtout elle est belle.
Haute de 1200 mètres, large de 1500, elle est construite
comme une cathédrale. A 4200 mètres, elle culmine. En bas le glacier se tord comme un ruban. Bien campée au fond d'un vaste cirque glaciaire, elle n'est pas visible dans la vallée ; mais elle attire et l'on monte la voir.
Le touriste qui va au refuge du Couvercle la découvre, superbe, à mesure qu'il gravit
 les Egralets. De l'Aiguille du Moine ou de l'Aiguille Verte, l'alpiniste la contemple dans sa réelle mesure : un bloc de granit fauve et gris haut comme quatre tours Eiffel ! Bien charpentée et bien charnue, elle a de l'élan malgré sa masse : sa crête est mitoyenne du ciel.

                                -- Gaston Rebuffat, Etoiles et tempêtes
Gaston Rebuffat, Etoiles et tempêtes,
Hoëbecke, 173 pages, 8,50 €

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