jeudi 31 août 2017

L'imbécile qui est en nous

Maurizio Ferraris, L'imbécillité est une chose
sérieuse, traduit de l'italien par Michel Orcel,
PUF, 146 pages pour un sujet illimité, 12 €
Comment un tel titre n'aurait-il pas immédiatement éveillé l'intérêt du libraire ? Chose sérieuse, en effet, que ce petit traité de l'imbécillité universelle et concentrée. A son menu quatre plats : Imbécillité de masse ; imbécillité d'élite ; l'imbécillité comme facteur politique ; dialectique de l'imbécilisme, le tout encadré par un prologue et un épilogue.
Tout le monde est visé (sauf vous, aimable lecteur, unique et préféré d'A la Page). Tout le monde en prend pour son grade. Les personnages les plus connus (Napoléon, Nietzche, Foucault, Paul Valéry, Heidegger ou Lacan) et moult imbéciles anonymes, parmi lesquels l'auteur lui-même n'hésite pas à se ranger, par quoi il semble s'accorder un soupçon d'intelligence (ce qui est bien bête). " L' homme de bon sens est éternellement  tourmenté par le soupçon  qu'il est imbécile et voit s'ouvrir devant lui l'abîme de l'imbécillité, tandis que l'imbécile est fier de lui. ", comme l'a fort bien dit le philosophe espagnol Ortega y Gasset, lui même un fieffé demeuré dans ses déclarations envers les femmes.
Au fait, quelle différence existe-t-il entre les stupides, les imbéciles, les crétins et les cinglés ? Et la notion du crétinisme général et individuel n'a-t-elle pas évolué dans le temps, chaque période se créant ses représentations ? Maurizio Ferraris s'attaque à ces brûlantes et, il faut le dire, passionnantes questions aussi. Sans dévoiler le pot aux roses, une sortie acceptable de l'imbécillité se trouve peut-être dans le rire, bien qu'il y ait des rires, et même des sourires, qui sont des signes de parfaite idiotie. En définitive, l'auteur plaide pour le sens du ridicule comme condition nécessaire mais non suffisante pour échapper à notre condition.
Le libraire a beaucoup aimé ce livre éclairant, qui n'est pas classé au rayon humour mais au rayon philosophie, et a définitivement pour lui d'avoir su traiter en 146 pages seulement un sujet illimité. 

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