dimanche 18 mars 2018

Connaissez-vous Natalia Ginzburg ?

Natalia Ginzburg, Les Petites vertus, traduit de
l'italien par Adriana R. Salem,
Ypsilon, 132 pages, 20 €
C'est en 1962 que parut en Italie Les Petites vertus, recueil d'essais personnels que complétera Ne me demande jamais (1969).
Natalia Ginzburg (1916-1991) écrit : " En ce qui concerne l'éducation des enfants, je pense qu'on doit leur enseigner non pas les petites vertus, mais les grandes. Non pas l'épargne, mais la générosité et l'indifférence à l'argent ; non pas la prudence, mais le courage et le mépris du danger ; non pas l'astuce, mais la franchise et l'amour de la vérité ; non pas la diplomatie, mais l'amour du prochain et le sacrifice ; non pas le désir du succès, mais le désir d'exister et de savoir. " Et elle ajoute, point de départ de son débat intérieur : " D'habitude, au contraire, nous faisons l'inverse : nous nous hâtons d'enseigner le respect pour les petites vertus, fondant sur elles tout notre système d'éducation."
On peut trouver le romantisme dans l'anti-romantisme même de Natalia Ginzburg, dans son non-lyrisme, dans son goût des petites choses, qu'elle ressent comme un sismographe, où elle loge éperdument son sens de l'humain.  Avec quelle tranquillité (quelle " sérénité intérieure ", pour utiliser sa propre expression) elles dit les choses banales, les choses graves, les choses dures, les choses épouvantables. " Nous sommes près des choses dans leur substance ", écrit-elle en 1946, et voici :
" Une fois subie, l'expérience du malheur ne s'oublie plus.  Celui qui a vu s'écrouler les maisons sait trop clairement quels biens fragiles sont les vases de fleurs, les tableaux, les murs blancs.  Il sait trop bien de quoi est faite une maison. Une maison est faite de briques et de chaux, et peut s'écrouler. Une maison n'est pas très solide. Elle peut s'écrouler d'une minute à l'autre. Derrière les petits vases de fleurs, derrière les théières, les tapis, les parquets encaustiqués, il y a l'autre visage de la maison, l'atroce visage de la maison écroulée. "
" J'ai l'impression, en écrivant, de suivre une cadence et une mesure musicales ", confie-t-elle aussi.
Ce livre contient  " une leçon de littérature ", a dit Italo Calvino. Qu'il soit permis au libraire de corriger : " ce livre contient une leçon de haute littérature ".
Puisque le nom de Calvino vient ici d'être mentionné, que l'on s'avise qu'une nouvelle édition de Pourquoi lire les classiques vient de reparaître chez Folio et l'on saura tout pour ce dimanche italien.
Italo Calvino, Pourquoi lire les classiques,
traduit de l'italien par Jean-Paul Manganaro
et Christophe Mileschi
Folio, 416 pages, 7,80 €
 

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